Book Reviews / Compte Rendus de Livres - Simard, Jean et François Brault. 2008. Cimetières : Patrimoine Pour les Vivants -

Book Reviews / Compte Rendus de Livres
Simard, Jean et François Brault. 2008. Cimetières : Patrimoine Pour les Vivants

Marie-ève Bonenfant
Université Laval

Compte rendu de Simard, Jean et François Brault. 2008. Cimetières : Patrimoine Pour les Vivants. Quebec : GID, Editions.
Pp. 451, illustrations, ISBN 9782922668414, 79.95$.

1 Cimetières, patrimoine pour les vivants, ouvrage dirigé par Jean Simard et François Brault, réunit les travaux de onze auteurs. Les thèmes des cimetières, des pratiques funéraires et de la mort sont présentés à travers la lorgnette de l’historien, de l’ethnologue, du sociologue et de l’historien d’art.

2 L’ouvrage se divise en quatre chapitres qui regroupent des articles et des dossiers thématiques. Des dossiers photographiques présentant plus de 300 photographies couleurs prises par François Brault ponctuent la lecture. Par ailleurs, plusieurs images d’archives, des cartes et des tableaux accompagnent et enrichissent les textes des auteurs. De plus, des poèmes ou des extraits d’œuvres abordant le thème de la mort ont été reproduits à quelques endroits dans l’ouvrage. Ils proviennent d’auteurs célèbres de différentes époques, tels que Philippe Aubert de Gaspé fils, Charles Gill, Émile Nelligan ou Charles-Édouard Lavergne.

3 Le premier chapitre est intitulé « Aux origines des cimetières du Québec ». Lorraine Guay présente, de façon générale, l’histoire des cimetières et l’évolution de leurs aménagements, de la Rome Antique jusqu’au XXe siècle. Cette section de l’ouvrage comprend trois cahiers thématiques. Le premier propose un texte du botaniste et ethnologue Jacques Rousseau à propos des rites funéraires chez les Amérindiens de la forêt québécoise. Les deux autres sont signés Lorraine Guay et traitent d’une part de l’histoire des cimetières de la ville de Québec et des problèmes de salubrité associés à l’ensevelissement des cadavres et, d’autre part, des cimetières marins du Saint-Laurent. Un dossier photographique sur le thème des cimetières et de la mer clôt ce chapitre.

4 Un texte de Serge Gagnon ouvre le second chapitre : « Mourir dans la tradition ». Il traite du cérémonial funéraire et aborde les sujets délicats que sont les exhumations et les vols de cadavres. Le chapitre se termine par deux dossiers thématiques, l’un portant sur le cimetière aménagé dans le soussol de l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies, rédigé par Pierrette Maurais, et l’autre sur les corbillards hippomobile, écrit par Marthe Taillon.

5 « Un espace sacré en devenir profane » est le titre du troisième chapitre dans lequel Fleur Ferry aborde les cimetières sous l’angle socio-historique. À partir d’un échantillonnage de cimetières situés dans la région de Québec, l’auteure étudie le rapport existant entre la localisation des cimetières et les populations ainsi que leur organisation interne selon les groupes ethno-religieux. Elle traite également des typologies des cimetières dans la région de Québec en plus d’analyser la question de la représentation sociale inhérente aux monuments funéraires et à leur décor. Trois dossiers thématiques complètent ce chapitre. D’abord, Bernard Genest présente le macro-inventaire du patrimoine québécois réalisé entre 1979 et 1983 comme outil de connaissance des cimetières du Québec, notamment ceux de la région de Portneuf. Ensuite, René Bouchard consacre un texte aux cimetières protégés en vertu de la Loi sur les biens culturels. Le dernier dossier thématique, signé Genest et Bouchard, présente les croix en ferronnerie artisanale du cimetière de Saint-Rémi de Napierville. Un dossier photographique portant sur les ouvrages décoratifs en ferronnerie artisanale des cimetières, tels que les portails, les clôtures et les croix, assure le passage vers le quatrième chapitre de l’ouvrage.

6 Le dernier chapitre s’intitule « L’objet funéraire et son langage ». Il s’ouvre sur une étude réalisée par Thérèse Labbé et portant sur les objets funéraires du cimetière Notre-Dame de Belmont à Québec, les croix, les mausolées, les tombeaux, les dalles, les caveaux, les stèles et les sculptures historiées. Les dossiers thématiques de Jean-Yves Bronze sur le cimetière de l’Hôpital général de Québec et le cimetière de la guerre de Sept ans ainsi que celui de Jean Simard sur le cimetière comme patrimoine des vivants viennent clore le chapitre et l’ouvrage à la fois.

7 Avec Cimetières, patrimoine pour les vivants, Simard et Brault livrent un ouvrage d’une grande qualité visuelle. La qualité de l’impression permet d’apprécier la richesse iconographique et de reconnaître le talent et la sensibilité du photographe François Brault. Une seule critique doit être formulée à l’égard de la facture de l’ouvrage : l’utilisation de la couleur pour distinguer les cahiers thématiques. En effet, elle n’obéit pas à une logique évidente et rend souvent la lecture difficile.

8 Cet ouvrage, digne de figurer dans la catégorie des beaux livres, présente un contenu intéressant et approfondi. Les articles témoignent de recherches sérieuses et promettent des découvertes inusitées, dont le cimetière ad sanctos de Saint-Roch-des-Aulnaies. Toutefois, l’ensemble souffre d’un manque d’homogénéité qui tient à la variété des auteurs, au ton employé et au traitement accordé. Bien que les auteurs soient tous arrimés à la même thématique, leurs textes proviennent de divers travaux, tantôt universitaires, tantôt de vulgarisation. On y retrouve des extraits de thèses de doctorat ou de mémoires de maîtrise, des articles de revue ou des textes de communications prononcées à l’occasion d’un colloque.

9 Par ailleurs, on s’étonne de ne trouver dans Cimetières, patrimoine pour les vivants que quelques travaux récents. En effet, la grande major-ité des articles témoigne de recherches réalisées au cours des années 1980 et 1990. Le macro-inventaire du patrimoine québécois, réalisé il y a près de trente ans, est présenté comme une connaissance nouvelle, notamment grâce à ses vues aériennes. Son intérêt est incontestable, mais ses données sont bien connues des chercheurs actuels. D’autres inventaires ont été réalisés au cours des dernières années, notamment l’Inventaire des lieux de culte du Québec. Cet inventaire national réalisé au début des années 2000, et dont l’ouvrage ne fait aucune mention, a recensé tous les lieux de culte encore en fonction à travers le Québec et a fait un relevé photographique des composantes institutionnelles dont l cimetière fait partie intégrante. Il aurait été intéressant d’en présenter quelques résultats dans cet ouvrage.

10 Cimetières, patrimoine pour les vivants constitue un premier ouvrage entièrement dédié aux cimetières du Québec. Les articles qu’il réunit permettent d’appréhender les cimetières et les pratiques funéraires comme reflet de l’identité collective, comme éléments du patrimoine, d’un point de vue socio-historique, ethnologique et symbolique, mais aussi paysager et artistique. Il constitue un premier jalon dans la diffusion de la connaissance sur le patrimoine funéraire, un type de patrimoine en voie d’être plus largement reconnu.