Front Matter - Editorial / Éditorial -

Editorial / Éditorial

Gerald Pocius
Editor in Chief

Artifacts and Imagined Worlds

1 The multiplicity of meanings that objects convey are filtered and interpreted through personal associations that are a product of place, time and history. Objects become vehicles for the making of myths, fostering of stereotypes, creating of identities—with meanings shifting as actors and audiences change. Each generation creates its own shared universe of objects, with particular styles reinforcing values of a place and people. Stereotypes, myths, identities all have to do with imagined worlds shaped by objects, and the ways in which these objects influence the strategies used to negotiate appropriate forms of behaviour.

2 The imaginary world fashioned through artifacts can take many forms. Attributions of meaning are given to particular artifacts, influenced by what is perceived to be acceptable cultural values. Dale Standen thoroughly examines how Canadians have imagined the canoe within Québécois society, its perceived role in the ethos of Quebec nationhood, and the larger issues of how this perception has shaped versions of Canadian identity. The association of the birchbark and voyageur trade canoes with emergent French-Canadian culture is as much imagined as it is real, for these objects were used selectively and in small numbers. Standen unravels the evidence to show how these large canoes are the product of an imagination fuelled by nostalgia and myth-making, rather than the realities of what was found to be functional.

3 Victor Owen and Stephen Powell provide a case study of the most basic issue involving the imagined worlds of artifacts: the attribution of provenance to particular places, persons and times. Owen and Powell investigate a wide range of glass artifacts from Nova Scotia, focusing on their possible origins. Printed literature on Canadian pressed glass has attributed certain types to the Lamont Glass Company in Trenton—an assumption based on what items were thought to be typically produced by such companies. However, while research indicates that other varieties of glass were made by Lamont, careful scientific analysis points to the realities that the company did not make a pressed glass tableware. The authors raise questions about how research can lead to claims of provenance based as much on imagined origins as on the realities of accurate identification.

4 Nathalie Hamel investigates the world of how we imagine the exotic, the Other. In 18th-century Europe and North America, Chinese artifacts became the rage, with oriental designs considered a part of the fashionable interior. This style was so pervasive, it was given a name—that of chinoiserie. Hamel looks at one specific genre of this oriental world—wallpaper—using examples found in a particular Quebec dwelling. This study is especially rich in detail, for Hamel relies not only on the artifacts, but on research done by a connoisseur who discovered this wallpaper, a collector who kept meticulous notes on the decor. More important, Hamel puts this all in the greater world of other chinoiserie objects found in the same house. Through it all, she is able to illuminate how Westerners fashioned the decorative world of this exotic Other.

5 Finally, Diane Tye investigates the imaginary world that has for decades been in the forefront of what is considered authentic Newfoundland and Labrador culture—mummers and mummering. For almost fifty years, both researchers and the general public have imagined this Christmas house-visiting custom to be a key icon of Newfoundland and Labrador life. The custom has lead to a plethora of objects that depict this activity, all with differing themes and images depending on what is remembered about mummering, and what is considered its key components. Mummering has moved from an ordinary calendar custom to a focus of academic scrutiny. In recent years it has become the subject matter of art and craft emblematic of the activity and, hence, of Newfoundland culture. These objects will continue to evolve as the custom itself is imagined in new ways.

6 This issue of Material Culture Review brings together different studies of how artifact worlds are imagined and negotiated. Objects are thought to be products of particular cultural contexts, but with careful research what is assumed to be accurate is often challenged, and a world that is more complex and variable is revealed. Objects themselves become the commodification of imagined worlds, emblematic of what both academics and non-academics alike assume is important for a people. These studies lead us to worlds shaped by particular artifacts, enabling us to explore meanings that are both appropriate and dynamic, finally attesting to how differently the same objects can be imagined.

Gerald Pocius
Editor in Chief

Objets et mondes imaginaires

7 Les sens multiples que portent les objets sont filtrés et interprétés à travers des associations personnelles produites par le lieu, le temps et l’histoire. Les ob-jets deviennent des véhicules pour la fabrication de mythes, le renforcement de stéréotypes, la création d’identités – dont les significations se déplacent en fonction des changements d’acteurs et de publics. Chaque génération crée son propre univers partagé d’objets, au styles particuliers, qui confortent les valeurs des gens d’un lieu. Les stéréotypes, les mythes, les identités, tous sont relatifs aux mondes imaginaires auxquels les objets donnent forme et aux manières par lesquelles ces objets influencent les stratégies utilisées pour négocier les formes de comportements appropriés.

8 Le monde imaginaire qu’élaborent les objets peut prendre de nombreuses formes. Certains objets particuliers se voient attribuer certains sens, influencés par ce que l’on conçoit être des valeurs culturelles acceptables. Dale Standen examine en profondeur comment les Canadiens ont imaginé le canoë dans la société québécoise, la manière dont ils percevaient son rôle dans l’éthos de la nationalité québécoise et les questions plus larges de la manière dont cette perception a donné forme à différentes versions de l’identité canadienne. L’association de l’écorce de bouleau et des canoës de traite des voyageurs à la culture canadienne-française en émergence est aussi imaginaire qu’elle est réelle, car ces objets étaient utilisés en petit nombre et de manière très sélective. Standen démêle l’écheveau des preuves pour démontrer que ces grands canoës sont le produit d’une imagination alimentée par la nostalgie et la fabrication de mythes plutôt que par la réalité de ce que l’on trouvait fonctionnel.

9 Victor Owen et Stephen Powell nous offrent une étude de cas d’une question plus élémentaire concernant les mondes imaginaires des objets : l’attribution à des lieux, des personnes ou des époques particulières. Owen et Powell enquêtent sur un vaste ensemble d’artefacts de verre provenant de Nouvelle-Écosse, en se concentrant sur leurs origines possibles. Les ouvrages portant sur le verre pressé au Canada ont attribué certains types à la Lamont Glass Company de Trenton – hypothèse basée sur le fait que l’on pensait que certains objets étaient des produits typiques de telles entreprises. Cependant, tandis que les recherches indiquent que d’autres types de verreries étaient fabriqués par Lamont, des analyses scientifiques précises orientent vers la réalité que cette entreprise ne fabriquait pas de verre de table pressé. Les auteurs soulèvent des questions au sujet de la recherche, qui peut conduire à des attributions de provenance basées autant sur des origines imaginaires que sur des réalités d’identifications exactes.

10 Nathalie Hamel enquête sur le monde imaginaire de l’exotique, de l’Autre. Au XVIIIe siècle, en Europe et en Amérique du Nord, les objets chinois firent rage, les motifs orientaux étant considérés comme essentiels à un intérieur à la mode. Ce style prit tant de place qu’on lui donna un nom : les chinoiseries. Hamel examine un genre particulier de ce monde orientalisant – le papier peint – en utilisant des exemples découverts dans un intérieur québécois. Cette étude est particulièrement détaillée, car Hamel ne se base pas uniquement sur les artefacts, mais aussi sur une recherche effectuée par un érudit qui avait découvert ce papier peint, collectionneur qui conservait des notes méticuleuses sur ce décor. Plus important, Hamel ramène le tout au monde élargi des autres chinoiseries découvertes dans la même maison. À travers cet ensemble, elle peut éclairer la manière dont les Occidentaux donnaient forme au monde décoratif de cet Autre exotique.

11 Enfin, Diane Tye enquête sur le monde imaginaire qui, pendant des décennies, a été en première ligne de ce que l’on considérait être l’authentique culture de Terre-Neuve et du Labrador – les mummers et le mummering. Pendant près de cinquante ans, tant les chercheurs que le grand public ont imaginé que cette pantomime coutumière consistant à passer de maison en maison au moment de Noël était une icône essentielle de la vie à Terre-Neuve et au Labrador. Cette coutume a produit une pléthore d’objets décrivant cette activité, aux thèmes et aux images tous différents selon ce dont on se souvenait du mummering, et de ce que l’on considérait être ses éléments clés. Le mummering est passé du statut de coutume calendaire ordinaire à celui de centre d’intérêt privilégié de la recherche savante. Au cours des dernières années, cette coutume est devenu un motif d’art et d’artisanat emblématique de cette activité et donc de la culture Terre-neuvienne. Ces objets continueront d’évoluer au fur et à mesure que l’imagination portant sur cette coutume elle-même se renouvellera.

12 Ce numéro de la Revue de la culture matérielle rassemble différentes études de la manière dont le monde des objets est imaginé et négocié. Les objets sont censés être les produits de contextes culturels particuliers, mais par le biais d’une recherche méticuleuse, ce que l’on pensait être exact est souvent remis en question, révélant ainsi un monde plus complexe et variable. Les objets eux-mêmes deviennent une mise en marché de mondes imaginaires, emblématiques de ce que les universitaires autant que les non universitaires pensent être important pour une population. Ces études nous mènent à des mondes auxquels des objets particuliers donnent forme, nous permettant d’explorer des significations tout à la fois appropriées et dynamiques, et qui attestent finalement à quel point de mêmes objets peuvent s’imaginer différemment.

Gerald Pocius
Rédacteur en chef