Book Reviews / Comptes rendus de livres - Edward S. Cooke, Making Furniture in Preindustrial America: The Social Economy of Newtown and Woodbury, Connecticut

Book Reviews / Comptes rendus de livres

Edward S. Cooke, Making Furniture in Preindustrial America: The Social Economy of Newtown and Woodbury, Connecticut

Luce Vermette
Parks Canada
Cooke, Edward S. Jr. Making Furniture in Preindustrial America : The Social Economy of Newtown and Woodbury, Connecticut. Baltimore et Londres : Johns Hopkins University Press, 1996. 293 p., 53 ill. Reliure caisse, 45 $US, ISBN 0-8018-5253-6.

1 Dans cette étude, Edward S. Cooke Jr. analyse les productions artisanales d'ébénisterie de deux petites villes du Connecticut à la fin du XVIIIe siècle. Les deux villes choisies offrent en soi un contraste social et économique qui n'est pas sans nous faire comprendre la diversité et la complexité de la production en ébénisterie à cette époque. Voici donc une étude qui tient compte du contexte social et économique du travail des artisans à une période de grands changements dans la société américaine, plus particulièrement celle de Nouvelle-Angleterre, et dans ses modes de production. Analysant tant les sources écrites que les meubles, Cooke nous fait voir les relations entre les artisans, leur production et le style, démontrant pourquoi et comment les économies sociales de deux villes en apparence similaires sont si différentes à cette époque.

2 Cette étude sur les artisans, leur production et le contexte économique artisanal a le mérite de combler une lacune considérable. En effet, si plusieurs études sociales du travail se sont attardées sur l'économie agricole, l'agriculture et les fermiers, peu se sont penchées sur les artisans et l'économie artisanale dans le milieu de l'agriculture et du travail. C'est ce à quoi s'intéresse particulièrement l'auteur en étudiant avec grand soin les ébénistes et l'environnement économique et social de ces deux agglomérations du Connecticut. De prime abord, il s'agit simplement de deux petites communautés dans un milieu surtout agricole. Quelques ébénistes en font partie et produisent du mobilier pour une clientèle essentiellement locale. Ces villes de Newtown et Woodbury ne sont d'ailleurs pas tellement distantes l'une de l'autre et sont reliées aux mêmes grands centres. Pourtant, leurs produits sont sensiblement différents. En effet, les meubles produits à Newtown sont de facture gracieuse mais sont quand même d'un style rustique traditionnel qui se moque des modes. Par contre, ceux faits par les ébénistes de Woodbury semblent, de prime abord, plus recherchés et font valoir une palette stylistique empruntée à diverses sources. Pourquoi? C'est ce que l'auteur s'est demandé et, au terme d'une longue recherche, les réponses qu'il livre laissent croire sans l'ombre d'un doute que l'étude des styles ne peut être étrangère à l'étude du milieu et de l'époque de la production.

3 L'exemple de ces deux petites villes, similaires à première vue, démontre des différences sensibles. Si les gens dans les deux villes se livrent aux mêmes occupations (surtout agricoles) dans des proportions à peu près identiques, la composition des populations et, conséquemment, la vision des enjeux de la vie sont assez différentes. À Newtown, on trouve surtout une population généralement stable, de vieille souche, attachée aux traditions régionales et possédant une certaine vision de la continuité et des valeurs sûres. À Woodbury se trouve une population souvent en transit, axée sur la concurrence commerciale et grande consommatrice des dernières modes venues d'ailleurs afin d'en imposer aux voisins. Voilà donc, en gros, les clientèles que doivent satisfaire les ébénistes, ce qui explique les différences de styles d'ailleurs fort bien illustrées dans ce livre.

4 Le destin de nombre de ces artisans a, encore aujourd'hui, de quoi faire réfléchir en ce qui a trait aux valeurs sociales et économiques. Les uns ont gardé une certaine indépendance et ont continué à travailler comme artisans et à enseigner leur art traditionnel; les autres sont graduellement devenus tributaires des marchés extérieurs en imitant les styles et ont finalement perdu toute originalité, reproduisant comme sous-traitants ou employés des objets à la chaîne pour de grandes fabriques newyorkaises.

5 Une étude aussi étoffée, menée durant une dizaine d'années et utilisant une documentation aussi abondante que variée, est un précieux modèle pour des recherches similaires au Canada, surtout que les études poussées se font présentement extrêmement rares. La publication de cet excellent travail apporte de nombreuses orientations qui dépassent largement les limites des villes de Newtown et de Woodbury au Connecticut. Cette étude met en lumière des mais aussi ceux qui les adaptaient et ce qui éléments précieux sur les artisans et leur motivait leurs choix stylistiques. Ainsi, le livre environnement et, fait très important, lève un de M. Cooke, qui part d'un échantillonnage large coin du voile qui recouvre invariablement solidement documenté et analysé avec intelliles raisons influant sur l'évolution des styles, gence, en déborde et apporte une contribution Elle passe en revue non seulement les styles importante à l'histoire de l'ébénisterie.