Exhibit Reviews / Comptes rendus d'expositions - Les maisons de la culture de la Ville de Montréal, La culture italienne, lieux et mémoire

Exhibit Reviews / Comptes rendus d'expositions

Les maisons de la culture de la Ville de Montréal, La culture italienne, lieux et mémoire

Sylvana Villata
Cabinet du Service de la culture de la Ville de Montréal
Les maisons de la culture de la Ville de Montréal, Montréal, La culture italienne, lieux et mémoire
Conservatrice invitée : Mirella Saputo
Recherchiste : Dario de Facendis
Graphiste concepteur : Joseph Stinziani, Ville de Montréal
Coordonnatrice : Sylvana Villata, Ville de Montréal
Délégué à la production : Martin-Philippe Côté, Ville de Montréal
Responsable de la logistique : Renée Banville, Ville de Montréal
Date d'ouverture : 4 novembre 1993
Durée : 2 ans, incluant la tournée
Calendrier de tournée : Bibliothèque municipale, Sherbrooke, du 30 septembre au 30 octobre 1994; Musée des religions, Nicolet, du 10 novembre 1994 au 8 janvier 1995; Musée Pierre-Boucher, Trois-Rivières, du 20 janvier au 26 février 1995; Musée de la civilisation, Québec, du 6 avril au 28 mai 1995; Galerie Port-Maurice, Saint-Léonard, automne 1995
Renseignements : (514) 872-5586
La circulation de l'exposition et la production des outils de promotion et de diffusion ont bénéficié d'une subvention du ministère de la Culture et des Communications du Québec.

1 S'inscrivant dans la série d'expositions portant sur les communautés culturelles identifiée par le titre La culture vue par..., La culture italienne, lieux et mémoire a été inaugurée le 4 novembre 1993 à la Maison de la culture Marie-Uguay, un équipement culturel de la Ville de Montréal situé au cœur d'un quartier où résident, en grand nombre, des italophones de la première génération d'immigration. Présentée à l'été 1994 à la Maison de la culture Rosemont/Petite-Patrie, elle circulera, grâce à une subvention du ministère de la Culture et des Communications du Québec, dans plusieurs villes du Québec dès septembre 1995 et jusqu'en janvier 1996.

Les maisons de la culture

2 Nées du souci d'améliorer la qualité de vie de la population montréalaise en décentralisant les équipements culturels dans les quartiers, les maisons de la culture sont aujourd'hui au nombre de douze, la première d'entre elles ayant été inaugurée en 1981. À ces maisons s'ajoutent deux équipements à vocation spécifique, la Chapelle historique du Bon-Pasteur, consacrée à la musique, et le Centre d'histoire, voué à l'histoire de Montréal. Les maisons de la culture ont le mandat d'assurer à tous l'accessibilité à la culture, de soutenir les artistes et les produits culturels en émergence, en agissant en complémentarité avec les autres intervenants du milieu et d'élaborer des stratégies particulières visant à développer des clientèles spécifiques, les personnes handicapées, les jeunes et les communautés culturelles. Ainsi s'inaugurait, à l'automne 1991, la première exposition de la série La culture vue par... Elle portait sur la communauté noire anglophone et le musicien Charles Biddle en était le conservateur invité.

La culture vue par..., un concept ouvert

3 Septième manifestation du genre, l'exposition La culture italienne, lieux et mémoire, a été réalisée dans la foulée des précédentes, qui portaient entre autres sur les communautés noire anglophone, amérindienne, grecque, chinoise et juive. Le but qui sous-tend la conception de ces expositions est de souligner le caractère pluriculturel de la société et de favoriser le rapprochement et l'harmonie entre des groupes de différentes origines à un moment historique où, à travers le monde, on assiste à l'émergence de manifestations d'intolérance. Deux objectifs principaux en orientent la conception, la réalisation et la production. D'une part, les expositions doivent présenter les communautés sous l'angle le plus fidèle possible, en donnant la parole aux communautés qui se définissent elles-mêmes à travers leurs comportements, leur identité et leur mémoire collective. D'autre part, elles visent à favoriser une prise de conscience de la culture de différentes communautés par l'ensemble de la population. Aussi le concept de chaque exposition doit-il non seulement refléter la réalité de la communauté dont traite l'exposition mais également attirer le plus grand nombre de visiteurs de tous les groupes sociaux et groupes d'âge. Pour atteindre le premier objectif, il est d'usage de demander à une personnalité de la communauté concernée de donner sa vision des caractéristiques de sa communauté. Issue du milieu politique, culturel, financier, religieux ou socio-communautaire, cette personne agit à titre de conservatrice invitée et imprègne de ses souvenirs, expériences et préoccupations chacune des expositions. C'est donc elle qui précise les événements, comportements et coutumes qui, de son point de vue, sont significatifs et représentatifs de sa culture. Ces choix servent à orienter les thèmes qui constituent la trame de l'exposition. Celle-ci s'articule généralement autour de deux volets, un volet historique et un volet culturel. Le travail de recherche essentiel à la réalisation de chaque présentation est confié à un (ou une) recherchiste provenant de la communauté dont il est question. Outre ces deux personnes de l'extérieur, l'équipe de travail est généralement formée de deux ou trois professionnels du Service de la culture de la Ville de Montréal.

Le volet historique de l'exposition : l'immigration

(...) il a fallu d'abord deux continents et que des [êtres] poussés par la pauvreté, émigrent...1

L'histoire, le lieu, le temps

4 La problématique qui se posait au départ pour la réalisation de ce volet concernait à la fois l'épaisseur historique, qu'il fallait nécessairement amincir tout en respectant les faits, l'espace disponible, enfin les outils de mise en exposition eux-mêmes. Pour bien circonscrire cette problématique, il est utile de rappeler brièvement que la présence italienne au Québec et à Montréal date du XVIIe siècle. Rappelons également qu'à l'époque, l'Italie n'était pas encore unifiée (elle deviendra une nation seulement en 1871), mais morcelée en royaumes et duchés. Par conséquent, dans ce contexte, « italien » signifie habitant de la péninsule italique. Des recherches récentes indiquent que, dans le Régiment de Carignan-Salières et, plus tard, dans ceux de Meuron et Watteville, se trouvaient des soldats provenant du Piémont, de la Savoie et d'autres provinces italiennes2. Plusieurs de ces effectifs se sont établis au Québec. Au XIXe siècle, on retrouve plusieurs Italiens dans l'hôtellerie et la restauration à Montréal (Hôtel Rasco, Donegani) tandis que des pêcheurs siciliens venaient pêcher la morue dans le golfe du Saint-Laurent3.

5 Ainsi, pour illustrer le volet historique, plusieurs avenues s'offraient, chacune avec ses points forts et ses faiblesses. Suivant la dominante retenue, ce volet aurait pu être axé sur l'histoire officielle, que le professeur Troper de l'Université de Toronto appelle received history, celle retracée dans les archives et autres publications, basée sur des statistiques, des dates, des données proprement historiques ou, tout autant, sur la contribution des immigrants italiens à la société d'accueil, les domaines d'excellence où ils se sont distingués, par exemple la construction et la gastronomie. Mais la communauté italienne se serait-elle reconnue à travers des informations livresques, des statistiques, des cartes, des relevés, d'une part, ou un découpage de sa propre histoire qui ne pouvait certainement pas la rejoindre toute entière, de l'autre? Aussi un des mérites de cette exposition est d'avoir proposé une narration mettant l'emphase sur l'expérience des êtres qui ont connu l'immigration et qui sont les protagonistes de ce récit. Un autre est d'avoir souligné les traits essentiels de cette histoire d'humains, sans grandes envolées lyriques ou sentimentalisme excessif, en évitant le piège subtil de l'autogratification ou de la dramatisation. Enfin, et peut-être est-ce cela qui rend l'exposition aussi touchante, cette histoire présente une réalité partagée par tous ceux et celles qui ont connu la grande rupture de l'émigration et, en ce sens, elle est universelle puisqu'elle touche tout autant l'expérience vécue par des milliers de migrants d'autres souches.

Fig. 1 La famille Roncari devant son épicerie, rues Saint-Laurent et de La Gauchetière à Montréal, au tournant du siècle (années 1890).
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(Archives photographiques Notman, Musée McCord d'histoire canadienne, MP 094/83[2])

6 Ici, le mot « histoire » se rapporte à ce que le professeur lYoper nomme proximate history, celle transmise oralement, qui forme la mémoire collective. Aussi raconter l'immigration italienne équivalait à constituer une narration à partir de récits de vie, de faits vécus, recueillis oralement, à partir également de certains documents historiques, de photographies et de menus objets qui cristallisent dans leur matérialité une expérience collective. C'est donc une histoire réécrite, et non réinventée, une « fiction » créée dans le plus strict respect de la vérité où chacun reconnaît sa propre expérience, retrouve le sens du monde. Car

émigrer, c'est faire l'expérience de la rupture du lieu et du temps. (...) Immigrer, c'est voir sa langue perdre le pouvoir de nommer le monde. (...) Immigrer, c'est se déraciner, devenir autre4.

7 Abondamment illustré de photographies provenant de collections publiques ou privées et de documents originaux gracieusement prêtés par les familles italiennes, le volet historique se présente en treize panneaux groupés en trois épisodes. Le premier évoque la rupture avec le pays d'origine, la reconstruction d'un nouveau lieu et d'une nouvelle mémoire, donc les étapes d'acculturation et d'intégration. Le deuxième décrit la situation des nouvelles générations, celles nées en terre d'adoption, sollicitées à la fois par les valeurs proposées par la famille et les modèles de vie proposés à l'extérieur du clan familial, la crise d'identité des jeunes, leur isolement et la rupture d'un autre genre qu'ils vivent. Enfin, le troisième unit le passé au présent. Il évoque l'attachement pour la terre natale de ceux qui ont émigré, la nostalgie que plusieurs nourrissent encore pour le pays d'origine, malgré les changements majeurs qui s'y sont produits et dans lesquels eux ne se reconnaissent pas.

8 La section historique de l'exposition se présente donc comme un lieu où se matérialise la mémoire d'une expérience commune. Explicitée par des textes, une carte de l'Italie où sont indiquées les régions qui ont connu le plus grand nombre de départs, des illustrations, des documents photographiques et par quelques objets enchâssés dans l'épaisseur des panneaux, cette partie de l'exposition se présente visuellement comme les pages détachées d'un livre, suspendues les unes à la suite des autres. Placés à l'intérieur de ce livre géant, les visiteurs choisissent de s'arrêter là où un mot, une phrase, une image et un objet retiennent leur attention, éveillent une résonance, une émotion ou un souvenir, ou choisissent de se laisser conduire par le fil d'Ariane à travers près de cent ans d'histoire. Si l'on a pu reprocher à cette exposition l'abondance des textes, c'est qu'effectivement elle oblige les visiteurs à s'investir par une attention soutenue s'ils veulent connaître cette histoire. Par ailleurs, le corpus du matériel et des témoignages recueillis ne permettait pas d'élaguer davantage sans risquer d'interrompre la continuité de la narration. Il est vrai que l'exiguïté des lieux — l'espace alloué à cette exposition était relativement restreint — ne favorisait pas une présentation plus aérée et il est possible que certains visiteurs aient ressenti une forme d'agression de leur champ visuel. Il reste cependant que l'histoire racontée est épisodique et que chaque page du « livre » peut être lue comme un récit autonome et chaque panneau, vu comme une tranche de vie.

Fig. 2 Travailleurs italiens posant les rails du tramway sur la rue Ontario à Montréal, en 1912.
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(Archives photographiques de la Société des transports de la communauté urbaine de Montréal)

Le volet culturel de l'exposition : la survivance des traditions

9 Car la vie, de la naissance à la mort, est au cœur de la culture italienne. Ainsi, la deuxième partie de l'exposition invite les visiteurs à découvrir les traditions, mémoire du geste ou de la parole, si importantes pour les Italiens émigrés, à établir des analogies avec les leurs et à en comprendre les significations profondes. Au cours de la recherche, il a été possible de vérifier dans quelle mesure ces traditions ancestrales sont encore bien vivantes, de découvrir une richesse insoupçonnée, des objets fascinants, les particularités de chaque sous-groupe régional, enfin de constater à quel point les événements qui marquent les étapes fondamentales de la vie ont gardé, pour la communauté italienne, toute la solennité d'antan. Si le contenu est à caractère ethnologique, les articles exposés ne sont pas des objets qui « ont perdu leur valeur d'usage » et les traditions auxquelles ils font référence sont vécues par une communauté qui a réussi à conserver intacte sa merveilleuse capacité de vivre pleinement son quotidien, les faits les plus simples comme les événements les plus importants.

10 Formé de quatre entités qui ponctuent les grands moments de l'existence, le volet culturel de l'exposition s'ouvre par une citation de Pier Paolo Pasolini :

Car moi, en ce nouveau cours de l'histoire. (...) je ne vois qu 'une chose: que va bientôt mourir l'idée de l'homme qui apparaît dans les glorieux matins de l'Inde ou de l'Italie, tout entier à son humble travail (...) l'idée de l'homme qui. (...) jeune ou vieux, obéit quand on lui dit de refaire les mêmes gestes dans l'infinie prison du blé, des oliviers, (...) refaisant un à un les gestes de son père ou, mieux, recréant son père sur la terre (...)5.

La mémoire dans la continuité du geste

11 Les titres des sections, ou sous-thèmes, font donc référence aux grands moments de l'existence, de la naissance à la mort en passant par les sacrements religieux, et à ceux plus modestes du quotidien, consacrés au travail, aux repas et à la musique. Chaque sous-thème est présenté par un court texte en vers ou en prose. Les textes ne sont pas exclusivement d'auteurs italiens. On trouve, par exemple, des extraits d'oeuvres de Saint-Denys Garneau, de Victor Hugo et de Philippe Ariès. Des panneaux explicatifs fournissent, de fois en fois, les éléments nécessaires pour comprendre les traditions comme elles sont vécues ici et établissent les parallèles avec les mêmes traditions dans le pays d'origine. En ce qui a trait au choix des articles exposés, pour obtenir un échantillonnage d'objets qui soient représentatifs de toute la communauté, il était important de recueillir des objets fabriqués ou légués mais de toute façon utilisés par des membres de la communauté provenant de différentes régions de l'Italie. Ces objets sont regroupés dans cinq vitrines.

Fig. 3 Pani pintaü (pain rituel des manages sardes) confectionné par Giovanna Aibanese Camarda, Montréal.
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(Photographie de Clément Topping, 1993)

Le mariage, la naissance

12 Dans la première sont présentés, accrochés à un panier sarde fait d'asphodèles et de lentisques, les pani pintail, de petits pains décoratifs confectionnés avec de la farine et de l'eau. Œuvre d'une authentique dentellière, ces objets de tradition sarde sont offerts aux invités avec les dragées, à l'occasion des mariages. Il s'agit d'une tradition intime, très ancienne, où le pain, depuis toujours synonyme de subsistance, sinon de prospérité, symbolise aussi le partage, la tradition chrétienne de communion où tous participent au bonheur des époux. Dans la même vitrine, une robe de baptême « napolitaine » flotte au-dessus d'un porte-enfants qui a servi à trois générations de « Vénitiens ». Les minuscules friandises en pâte d'amande colorée à la main, en formes de fruits et de fleurs, offertes aux baptêmes (encore une tradition sarde), viennent témoigner de la symbolique reliée à l'amande et au sucre, signe de bon augure pour les nouveau-nés.

La vie quotidienne : le travail, les repas, la musique

13 Un peu plus loin, réunis dans une autre vitrine, sont exposés de très beaux objets en bois et métal reliés au travail. Objets utilisés, usés, conservés. Quelques-uns « venant du père qui les avait eus de sa mère »6, d'autres fabriqués ici selon les méthodes ancestrales. Ils ont inscrit dans leur matérialité l'empreinte de la main qui les a façonnés, maniés, et révèlent des techniques du corps transmises d'une génération à l'autre, un univers d'expérience, d'humanité. Un poêlon de cuivre où l'on cuit la polenta, une oenochoe en terre cuite vernissée, apportée par le grand-père de son Molisé natal, qu'on passe autour de la table pour boire au goulot, de très vieux ustensiles pour faire les pâtes, fabriqués ici selon la tradition abruzaise, sont placés près des outils de travail. Ils évoquent la ponctuation des périodes consacrées au labeur et celles propices aux réjouissances. Ils évoquent aussi les gestes familiers, le partage sacré de la nourriture autour d'une table qui rassemble les générations. La très grande majorité des immigrants italiens de la première vague venaient des régions rurales, là donc où les rites et les mythes d'une culture païenne très ancienne se mêlent à la vie quotidienne. Ici, les deux instruments de musique exposés sont reliés à cette civilisation agraire. Ce sont une guimbarde et une cornemuse, des instruments typiques des bergers qui accompagnent la transhumance et, par conséquent, sont voués à de longues périodes de solitude. Dans l'isolement des montagnes, ces instruments donnent une voix au silence et traduisent le dialogue de l'homme et de la nature. Ici, associés à la Nativité et joués à l'occasion des fêtes, leur usage a changé de signe.

Fig. 4 Rocco Mediati, d'origine calabraise, avec la cornemuse qu'il a fabriquée.
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(Photographie de Clément Topping, 1993)

14 La cornemuse est fabriquée par un Montréalais d'origine calabraise qui respecte sa tradition au point d'aller choisir lui-même, chez le fermier, la chèvre dont la peau entière servira à en confectionner le sac.

La religion

15 Un seul objet, mais très imposant, illustre les traditions religieuses. Il s'agit d'un chariot de procession entièrement fabriqué avec des épis de blé. Il documente le mélange du sacré et du profane, d'expressions religieuses teintées de mythes antiques comme la terre, les aspects d'un rituel qui perpétue des croyances solidement ancrées dans l'âme populaire. Reflets de la foi, organisées en l'honneur des saints patrons du village natal, les processions sont des événements périodiques auxquels la communauté italienne participe régulièrement. Ainsi la Fête du Blé, qui revit à Montréal chaque année le dernier dimanche du mois d'août. Mêlant Cérès à Sainte Anne, la procession qui, ce jour-là, a lieu en l'honneur de la sainte, pour grâce reçues, se double d'un défilé de chariots et de chars allégoriques fabriqués avec des épis de blé et décorés de tresses et de gerbes.

La mort

16 Il est aussi des rites antiques, très intimes, qui entourent la mort, impossibles à documenter autrement que par des textes ou des enregistrements sonores. Ainsi le partage du repas du 2 novembre avec le défunt ou la défunte, dont le couvert est placé sur la table et les mets préférés sont préparés avec soin, et les poèmes improvisés par de vieux Siciliens devant la dépouille mortelle. Car la mort a gardé pour la communauté italienne toute la gravité qu'elle avait dans la société paysanne traditionnelle. Dans la vitrine en forme de niche sont uniquement exposés une couronne de fleurs séchées, un médaillon avec les photographies des défunts et des images saintes où sont inscrites des prières. Dans son émouvante simplicité et son dépouillement, la présentation suggère le respect et le recueillement.

En guise de supplément...

17 Accompagnée de documents promotionnels, d'affichés et de dépliants produits grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec, l'exposition offre aux visiteurs qui le désirent la possibilité de se familiariser avec d'autres aspects de la culture italienne. Par exemple, avec la richesse des parlers régionaux des Italiens de Montréal, surtout les aînés pour qui le dialecte représente toujours la langue d'origine où s'inscrit le sens du monde, la force d'une identité. Ils trouveront ainsi sous la rubrique « Paroles et proverbes », dans une pochette offerte gracieusement, un choix de poésies en divers dialectes, avec les versions italiennes et françaises, et une série de proverbes populaires avec leur correspondance en français et une traduction littérale. Dans la même pochette sont incluses des recettes régionales qui ne sont utilisées qu'à l'occasion des fêtes traditionnelles et une liste de magasins où l'on peut s'en procurer les ingrédients. Pour sa part, la Bibliothèque de Montréal a préparé une liste de livres d'auteurs italiens sélectionnés à l'intention des adultes et des jeunes. Ces derniers trouvent leur profit à visiter l'exposition en s'amusant à deviner l'utilisation de certains objets exposés et les matériaux qui ont servi à les confectionner, grâce à un jeu interactif proposant des choix multiples. Enfin, un vidéo, composé d'un montage d'extraits de films tournés à l'occasion de mariages, de repas, d'entrevues, placé un peu en retrait, complète la présentation.

L'espace et la mise en exposition à Marie-Uguay

18 Présentée à la Maison de la culture Marie-Uguay, dans un espace rectangulaire dont l'une des parois comporte des fenêtres donnant sur un terrain de stationnement, occultées pour la circonstance, et l'autre forme un mur du corridor qui mène aux ascenseurs, l'exposition souffrait d'être repliée sur elle-même et manquait d'air. En raison de la nature même de cette salle dite « polyvalente », la circulation qui aurait donné le sens à l'exposition et permis une lecture anachronique et ordonnée a été bouleversée et les visiteurs se sont vus obligés de jouer « à la sauterelle » pour y trouver leur profit. En effet, ils pouvaient accéder à l'exposition soit par les ascenseurs, soit par les escaliers qui, de la bibliothèque, vont aux étages supérieurs. Mais, indépendamment de ces considérations, la façon dont étaient placées les vitrines-modules brisait le fil du discours qui les reliait l'une à l'autre. Par conséquent, selon le cas, les visiteurs lisaient l'exposition à l'envers, à l'endroit ou par bribes. Même si la présentation des objets dans les vitrines avait été pensée de façon sensible et raffinée, l'accumulation, par manque d'espace, de très beaux objets soutenant divers discours pouvait brouiller les pistes et exigeait, de toute façon, une attention constante. Mais plus encore que l'accumulation d'objets, ce qui dérangeait était l'emplacement des vitrines elles-mêmes, qui ne respectait pas l'ordonnancement de l'exposition tel que prévu dans le projet. En outre, de dimensions imposantes, placées au centre de l'aire d'exposition et jouxtant les panneaux historiques, ces vitrines empêchaient tout recul. Enfin, la lumière entrant à profusion par les grandes fenêtres donnant sur la rue empêchait de mettre réellement en valeur les objets par un éclairage adéquat, malgré les efforts qui ont été faits pour y parvenir. Les objets exposés apparaissaient nus, délestés d'une grande partie de leur contenu émotif, privés de la volumétrie qui les distinguait les uns des autres, des traces que les humains ont laissées sur leur peau. Une seule exception, la vitrine-module consacrée au sous-thème « le mariage, la naissance » qui, blanc sur blanc, lumière sur blancheur, profitant de l'excès de clarté, évoquait à n'en plus finir la candeur, l'innocence.

À la maison de la culture Rosemont-Petite-Patrie

19 Si la présentation dans cette maison de la culture ne bénéficiait pas davantage d'un d'espace plus important et rencontrait plus ou moins les mêmes problèmes que la présentation précédente, l'exposition a profité d'un éclairage adéquat et feutré qui rehaussait les objets et les entourait de mystère. Dans un cas comme dans l'autre, il aurait été avantageux de présenter chaque volet séparément pour permettre aux visiteurs de s'offrir un temps d'arrêt et mieux assimiler les contenus.

NOTES
1 Hector Bianciotti, Ce que la nuit raconte au jour (Paris, Grasset, 1992), p. 1.
2 Professeur Bruno Villata, « Présence italienne dans l'histoire du Canada (1640-1814) », communication dans Actes et mémoires, vol. LII (Arezzo, Accademia Perrarca di Lettere, Arti e Scienze, 1990), p. 103-116.
3 G. Vangelisti, Gli Italiani in Canada (Montréal, 1953), p. 25 et 105-110.
4 Dario De Facendis, dans La culture italienne, lieux et mémoire, volet historique (1993).
5 Pier Paolo Pasolini, « Nouvelle poésie en forme de rose », Poésies, 1943-1970 (Paris, Gallimard, 1990).
6 Dario De Facendis, dans La culture italienne, lieux et mémoire, « La vie quotidienne : le travail » (1993).