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Culture matérielle et histoire:

l'étude des genres de vie au Canada

Jean-Pierre Wallot
«[Rejoindre] l'homme des vingt-quartre heurs.» (G. Bachelard)

1 Ce n'est pas un hasard si le Musée national de l'Homme du Canada a organisé un colloque sur la culture matérielle et l'histoire du Canada. C'est une nécessité. Peu d'institutions, en effet, incarnent comme lui la tradition et l'intention des études à long terme de la civilisation matérielle canadienne dans son sens le plus large: collections d'objets et reconstitution de leurs contextes socio-économiques par l'analyse patiente des principaux facteurs économiques, des groupes sociaux et de leur interaction, du jeu politique et des valeurs, de l'impact de tous ces éléments sur la vie quotidienne de la majorité des Canadiens du passé. Vie quotidienne, genres de vie: autant d'expressions qui évoquent les automatismes, les atavismes, les répétitions, les gestes familiers, l'univers coutumier et effacé de l'homme concret, fait de «poussières humaines» auxquelles l'historien insuffle vie.1

2 L'historien: c'est-à-dire un homme d'un autre temps, d'un autre contexte. Il se cantonne trop souvent dans les sources écrites, et encore, dans celles de l'élite. Il est mal armé pour observer la réalité autrement qu'à travers le prisme de sa discipline, hors de la serre chaude de son apprentissage. Le folkloriste lui aussi s'extasie trop souvent devant son conte alors que l'archéologue se rive à 'artifact: un peu comme les «sériels», chacun pense que le texte, l'objet ou la série statistique porte en lui-même sa propre signification. D'ailleurs, les documents et les objets sontils des spécimens représentatifs, ou des débris bizarres qui jonchent les grèves de l'histoire au gré de marées accidentelles. Comment toucher l'homme concret quand on manie les modes de productions, les grandes comptabilités reconstruites, les hauts faits politiques et militaires, les grandes théories des théories du passé. La pierre ou l'armoire ne cadre pas spontanément la cathédrale ou l'ameublement, puis l'univers mental de l'artisan.

3 Et pourtant, c'est bien là, ultimement, à la vie, si partielle soit-elle, et à sa signification circonstanciée, pour des hommes d'alors, qu'il faut en quelque sorte «attenter». «Interroger un chiffre, c'est, en fait, interroger un homme».2 De même, «. . . humble artifacts have important messages for us if we can figure out how to read them».3 L'historien qui s'emprisonne dans ses structures abstraites ou qui, à l'inverse, se délecte des vieilles choses pour ellesmêmes (manie de la «collection», goût des «faits curieux», etc.), oublie que sa tâche essentielle est d'expliquer ce qui est arrivé et pourquoi:4 donc, de reconstituer en quelque sorte l'histoire «charnelle» des hommes et de leurs institutions, de sociétés qui «s'instituent» (au sens de Polanyi) à l'intérieur de contraintes tributaires de l'oekoumène, certes, mais aussi et peut-être surtout de pressions techniques, économiques, sociales, politiques, de valeurs, enfin d'un monde extérieur plus vaste.

4 L'histoire totale, idéal historique que poursuivent les historiens d'aujourd'hui, appelle une stratégie globale à laquelle l'histoire de la culture matérielle et le recours à des disciplines convergentes doivent contribuer. Mais d'abord, quel champ et quelle profondeur historiques doit recouvrir cette histoire de la culture matérielle? L'objet devenant plus spécifique, on pourra s'interroger dans un deuxième temps sur la façon d'aborder ce monde touffu et difficile: par le seul biais des objets matériels en euxmêmes, en isolation; par celui de documents écrits qui restituent à ces objets leur contexte particulier; ou plutôt par une convergence de plusieurs disciplines pratiquant plusieurs sources autour d'une problématique commune, une sorte d'histoire «. . .qui s'édifie, sans exclusion, avec tout ce que l'ingéniosité des hommes peut inventer et combiner pour suppléer au silence des textes, aux ravages de l'oubli. . .»5 Enfin, quelques exemples microscopiques, au niveau du Québec et en relation avec des travaux accomplis en collaboration avec le Musée, peuvent illustrer dans le concret les espoirs qu'autorise une telle convergence.

I

5 En un sens, toute culture se «matérialise», c'est-à-dire est médiatisée par une substance, une forme qui ne parle à l'esprit qu'à travers la matière: livre, document, maison, outil, jouet d'enfant, illustration, son. De façon générale, par culture matérielle, on réfère aux principaux sédiments de la vie quotidienne concrète, à cet «invisible quotidien»6 qui est du donné, qui va de soi donc s'exprime peu en paroles, au durable qui s'enracine dans des structures mentales. Car «culture is pattern in mind»,7 une sorte de langage qui occupe le vaste registre des réalités de la vie de tous les jours: l'alimentation et le vêtement, l'habitation et les moyens de transport, les techniques et la monnaie, les travaux et les plaisirs; ce que Le Roy Ladurie résume en quelques mots, «vie et mort, naissance et mariage, nourriture et maladie, violence et sexualité . . . politique et religion».8 Il faut aussi tenir compte des transgressions de ces comportements structurés et devenus culturels, d'où ces études de Foucault sur la clinique, la prison, l'hôpital, la folie.9

6 Avant de reprendre ces réalités une à une, il n'est pas superflu de rappeler que le vécu quotidien, surtout «traditionnel», est déjà pénétré des impératifs de l'oekoumène: le climat, le relief du sol, les latitudes qu'ils assignent aux arrangements spatiaux et aux usages de la terre, à la forme et à la distribution du peuplement, sans parler du poids psy-chologique des paysages, de la lumière, des espaces. En d'autres mots, les «socio-économies»10 s'érigent dans l'interaction de l'adaptation consciente des individus aux contraintes de l'environnement et l'adoption par l'environnement de certains agents et de certaines pratiques privilégiées. Cette dialectique favorise donc certaines voies parmi l'éventail de tous les possibles théoriques, mais elle n'échappe pas à une certaine «contingence».11 D'autre part, l'Amérique du Nord, le Canada, ce n'est pas cette Europe largement «immobile» — sauf au niveau de l'épiderme des élites — du XIIe au XVIIIe siècle. Le Canada «s'institue»12 en partie comme une réponse aux plans successifs plus ou moins organiques, plus ou moins flexibles, que projettent les métropoles sur ce pays neuf: plans qui se succèdent et se répercutent sur la colonie comme autant de chocs exogènes, d'intrusions de l'extérieur qui viennent brouiller les règles de la partie et parfois saper le code du quotidien colonial.13

7 Un noeud complexe de facteurs tisse la vie quotidienne. Ces fils, pour intéressants qu'ils soient un à un, ne livrent toute leur texture et leur pattern que dans leur croisement, leur compénétration, leur tissage. Au premier rang, peut-être, il faut compter le «poids du nombre», la démographie: «la vie matérielle trouve là une de ses explications régulières plus exactement une de ses contraintes et de ses constantes».14 Si en Europe, la civilisation rurale (jusqu'au XIXe siècle) est avant tout une démographie,15 en Amérique, le nombre des hommes joue un rôle capital. À une époque où l'unification biologique du monde est en voie de se réaliser,16 des vagues d'immigrants s'incrustent dans un nouveau continent et y implantent une culture qui se métamorphose et se restructure graduellement. Migrations, courbes des naissances, des mariages et des décès, espérance de vie, occupation de l'espace, rapports homme/sol, explosion démographique et expansion économique: la démographie s'impose partout, éclaire les comportements sexuels, les clivages sociaux et ethniques, les mentalités face à la mort. C'est la démographie qui piste ces cicatrices sur la carte, partout où les hommes se sont installés pour passer ou y demeurer. Ce quotidien de la masse des hommes, leur vie et leur mort, leurs maladies et leurs plaisirs, les graphiques souvent secs des démographes nous le restituent avec une clarté saisissante et riche.

8 Vie, mort, santé, nombre, colonisation: ces réalités s'articulent tout aussi bien sur la production de la nourriture requise, sur l'agriculture. Production frumentaire, élevage, exploitation du sol de façon à en tirer ce que Braudel appelle «le superflu et l'ordinaire», soit plus que la seule subsistance. Car les échanges, dans un pays inséré dans le marché atlantique comme le Canada, déclenchent peu à peu, parfois assez brutalement, l'intrusion du marché et la réorganisation du genre de vie en fonction des acquis et des apports nouveaux. D'abord, en matière de nourriture: céréales (surtout le blé), viandes en abondance au Canada, lait, oeufs, poisson, produits exotiques, boissons locales et importées (depuis le cidre et la bière jusqu'au vin, au thé et au café). En fait, on peut dire que dès le début du XIXe siècle se crée une certaine «consommation de masse» qui n'atteindra toutefois sa plénitude qu'avec l'indus-trialisation. Nourritures suffisamment fortes et abondantes pour assurer, en Amérique plus encore qu'en Europe, un relèvement certain de la taille moyenne des hommes. À la nourriture, il faut joindre l'hygiène et tout ce qui touche la santé.

9 Le superflu et l'ordinaire transparaissent encore dans l'habitat, le vêtement et, de façon plus générale, la mode. La fidélité au décor habituel caractérise les civilisations traditionnelles. D'ailleurs, leur culture matérielle, en Europe, demeure «fort médiocre» jusqu'au VIIIe siècle.17 En Amérique, un certain flottement se manifeste au début de la colonisation: les nouveaux immigrants n'ont pas encore expérimenté suffisamment pour arrêter un tri définitif de ce qui leur convient davantage dans leur culture d'origine, les apports d'autres cultures, les adaptations suggérées par le milieu et les messages d'un marché international de plus en plus actif. Même situation en ce qui a trait aux costumes. Ceux-ci soulèvent d'ailleurs une foule de problèmes complexes: matières premières, procédés de fabrication, coûts de revient, «fixités culturelles», modes, hiérarchies sociales, échanges avec l'extérieur.18 Toutefois, avec l'épanouissement de la culture matérielle à compter de la fin du XVIIIe siècle, l'architecture, l'ameublement et le vêtement se diversifient et s'enrichissent un peu partout. Les quelques meubles ou hardes, par exemple, qui composent l'essentiel de l'avoir des premiers colons, font place à des chaises, à des tables, à des armoires, à des bureaux, à des commodes, etc. de plus en plus nombreux, d'origine tantôt locale, tantôt importée; à des tissus domestiques et importés; à un style de vie moins sévère que moulent à la fois des conceptions profondes face à la vie, conceptions qui resurgissent, plus ou moins uniformes, au gré des générations successives et des modes venues d'ailleurs. «L'homme se nourrit, se loge, s'habille parce qu'il ne peut faire autrement, mais ceci dit, il pourrait se nourrir, se loger, se vêtir autrement qu'il ne le fait»: persistances et changements qu'on peut relever diachroniquement (évolution) et synchroniquement (comparaison de divers espaces-temps).19 La mode, faut-il ajouter, n'influence pas que l'habitat et le vêtement. Elle laisse son empreinte sur la façon de manger, de marcher, de prendre soin de son corps, sur l'étiquette sociale, voire sur la façon de penser. Elle ne fait pas qu'enjoliver la surface d'un vieux fonds immuable; elle travaille et remodèle ce dernier, prépare des décrochages éventuels, car les masses n'y sont pas aussi imperméables qu'on l'a dit.

10 Pour élargir ses assises en ces domaines, la culture matérielle doit enregistrer des transformations analogues au niveau des techniques de production et d'échange:20 sources d'énergie (par exemple, utilisation de la force hydraulique, du cheval, adoption croissante du charbon au XIXe siècle), outils, techniques agricoles, scolarisation (instruction «alphabétique») qui grignotera peu à peu la puissance du folklore oral, multiplication de techniques économiques et sociales plus complexes comme le papier-monnaie, au XIXe siècle, les villes et les communications (routes, canaux, chemins de fer); bref, agrégats de changements techniques et sociaux qui provoquent des discontinuités qui disloquent et réaménagent toute la société, avec des décalages plus ou moins longs d'un palier à un autre. Par exemple, en ce qui a trait au Québec, la densité croissante de la population et l'appauvrissement des sols défrichés et exploités en surface, sorte de «cercle vicieux» qui débouche sur une crise vers 1830-1840, feront place à un «cercle vertueux»21 de rotation des cultures et d'intensification des rendements, avec la Révolution industrielle et la création de marchés intérieurs dynamiques après 1850-1860. La vitesse de circulation de la monnaie nous renseigne sur les pratiques de thésaurisation et d'échange des habitants. Par une division accrue du travail, une spécialisation des tâches et la généralisation de l'échange, la ville intensifie le développement et les disparités (entre classes, entre régions, entre la ville et la campagne).22 Les routes terrestres et maritimes accélèrent l'acculturation, les contacts, les emprunts et aussi les rejets. Monde immobile, l'Amérique pré-industrielle l'est moins que l'Europe pré-industrielle. Monde lent quand même malgré le bouillonnement des forces de renouvellement et la nouveauté de la colonisation: si l'expérimentation ne cesse pas, les occasions perdues sont nombreuses, l'innovation ne constitue pas la règle, tant il est vrai que la société est trop souvent «une mémoire qui répète obstinément les solutions connues, acquises, qui écarte la difficulté et le danger de rêver à autre chose».23 Mais certaines innovations s'insinuent plus facilement en un monde en pleine construction; et les plus marquants entraînent des asymétries telles que se démarquent des décrochages, des discontinuités majeures dans la socio-économie en général, donc aussi dans la vie quotidienne.

11 La vie quotidienne s'affirme encore dans les moeurs (sexuelles, sociales, alimentaires, etc.): des contrastes certains différencient les Canadiens, les Virginiens et les Hauts-Canadiens, aux XVIIIe et XIXe siècles. À une époque de grande foi mêlée de superstition, la religion imprègne elle aussi les gestes et les rites quotidiens des travaux et des jours. La transmission des patrimoines met à jour des lignes de force de la culture: opposition, par exemple, entre une société à tendance égalitaire, comme le Canada français, et une société anglo-saxonne où la coutume impose la primogeniture et la transmission intégrale du patrimoine à un seul membre de la famille. Bref, les mentalités basculent dans l'histoire de ces masses anonymes, quotidiennes. Comment ces hommes apprivoisent-ils leurs angoisses face à la naissance, à la vie, à la mort?24 Comment leur univers psychologique est-il moulé par le cycle quotidien de la lumière et de la nuit, par l'habitat, par l'enfance, voire par les jeux et les sports qui trompent l'angoisse et amusent le corps et l'esprit?25 Et de ces études ressortent toute une série de clivages: asymétries régionales, voire continentales; inégalités sociales, économiques, familiales; ségré-gation par sexes et par rôles au sein de la famille.26

12 Ainsi, par la superposition de couches organiques de la vie qui entrent en interaction les unes avec les autres, la culture matérielle, la vie quotidienne, ce qu'on résume souvent dans l'expression «genre de vie», en vient à embrasser ou du moins à confiner à l'histoire globale: les grandes tendances, les grandes coupures, les grands faits de la société totale précipitent, en des gestes ou des récits ou des graphiques qui spectographient la société à sa surface, les rapports des forces obscures et complexes des profondeurs: celles des grandes masses, qui s'obstinent à produire et à se reproduire, à vivre selon certains choix et certains schemes largement inconscients, largement acquis par la répétition des générations, dans un mixage étonnant d'inertie et d'archaïsme, de nouveau et de subversif.27

II

13 Mais comment aborder l'étude d'un objet à la fois si complexe dans ses ramifications, si simple et déroutant parfois dans ses manifestations concrètes (une table, une maison, un crucifix, une fourche), sorte d'édifice dont on ne fait que deviner confusément l'ensemble pratiqué par la grande masse des individus? D'abord, aucune discipline ne peut prétendre reconstituer, à elle seule, les genres de vie du passé. «Il n'y a qu'une seule réalité, qu'un seul monde dans lequel nous distinguons des objets en fonction des perspectives que nous adoptons».28 Il faut une souplesse que «la» discipline n'accorde pas souvent car elle se définit par un angle de vision privilégié et par des exclusions.29 Selon les expressions de Callois, il faudrait une «logique flexible», des «cohérences aventureuses», le saut dans les «régions de l'imprudence intellectuelle» où l'emprunt heureux et la convergence, comme pour les innovations techniques, renouvellent la perspective et la compréhension.30 Cette «turbulence» (G. Bachelard) de la raison humaine n'exclut pas cependant la démarche scientifique qui consiste à démonter et à reconstruire l'objet de recherche de façon à mieux le comprendre,31 soit par voie inductive, soit par voie formaliste, mais toujours à l'aide d'une théorie explicitée.32 Mais ni l'histoire, ni l'archéologie, ni l'ethnologie ou le folklore, ni l'économique, ni la géographie sociale, ni la sociologie,33 par exemple, ne permettent, dans l'isoloir disciplinaire, d'appréhender l'architecture sociale et d'en capter le dynamisme. Or, le défi consiste justement à lire de façon horizontale et verticale ou, si l'on veut, dans la diachronie et la synchronie simultanément, un peu comme sur une partition musicale, la culture matérielle de façon à en décalquer les articulations, l'ensemble des composantes et leurs relations, les asymétries qui surgissent et modifient, déplacent la structure.

14 Sauf pour de rares exceptions, notamment en France, les historiens en général ne se sont guère intéressés à la culture matérielle. Tout au plus avons-nous droit à certaines descriptions impressionnistes de la vie quotidienne des masses à partir de témoignages écrits presque toujours qualitatifs et restreints.34 Depuis longtemps, les folkloristes décortiquent les contes, auscultent la structure de leurs récits, soumettent leur langage à l'analyse linguistique et sémiologique. Mais peu d'entre eux réussissent à pénétrer jusqu'à l'univers quotidien et «charnel». Les archéologues et les ethnologues détaillent les objets bi- et tri-dimensionnels qui surnagent du passé. Comme les folkloristes face à leurs contes, ils repèrent leur distribution spatiale, leurs affinités structurelles et fonctionnelles, les relations spatiales et historiques («verticales») entre ces objets. Puis ils en infèrent, surtout à partir de relations présumées entre les formes et les fonctions des objets, la plupart du temps par voie d'analogie, des «lois culturelles» régissant l'évolution de groupes culturels, une reconstruction de la culture d'une époque, «whether the term 'culture' is applied narrowly to the set of ideas and attitudes prevalent in a given community or whether it is understood more comprehensibly as the interaction of man and his environment».35

15 Depuis quelque temps déjà, les ethnologues et les archéologues ont adopté une démarche systémique. Ils empruntent des concepts à la linguistique, à la psychologie, à l'archéologie, et procèdent selon la méthode structuraliste.36 Le concept de culture ne réfère plus à des patterns mentaux communs — «mental templates»37 — mais plutôt à «an extra-somatic adaptive system that is employed in the integration of a society with its environment and with other sociocultural systems».38 D'aucuns s'efforcent de classifier les objets autrement que par les caractéristiques physiques communes: par exemple, les catégories «technosomic», «sociotechnic» et «ideotechnic» de L.R. Binford.39 Mais les choses concrètes se ventilent mal dans ces catégories abstraites et poreuses.

16 Aussi, divers chercheurs, dont J. Deetz et H. Glassie, s'inspirent de la linguistique pour élaborer un système structural de classification, préalable à une interprétation du «code» qui gouverne la conception, la fabrication et l'utilisation, matérielle et symbolique, des objets. Cette approche postule que l'action humaine produit des objets à partir d'un nombre déterminé de possibilités. «A given culture then is the physical manifestation of a given logical system».40 On peut donc reproduire le système logique ou la structure combinatoire chère à Lévi-Strauss41 via les structures intrinsèques et relationnelles des objets produits par ce système. Deetz propose les concepts de «facteme» et «formeme»42 comme les analogues des phonèmes et des morphèmes en linguistique. Cette voie demeure encore exploratoire. Il faut en effet découvrir une meilleure méthodologie pour saisir la «structure combinatoire» des artifacts, pour généraliser à propos d'une société à partir des «évidences» que recèlent les structures combinatoires des objets. Il faudrait un code approprié pour interpréter le langage des symboles que constituent les restes archéologiques. Les historiens aussi doivent décoder des symboles, mais ces derniers sont écrits. À ce propos, J. Igartua se tourne du côté de la sémiologie pour ce décodage, bien qu'il doit avouer que cette jeune science n'a pas encore fait ses preuves dans nos disciplines.43

17 Prenons un cas concret. Partant de la notion que la culture est un système, un langage qu'il faut décoder, H. Glassie échafaude une sorte de grammaire concrète de l'objet — «artifactual grammar» — constituant un modèle systématique susceptible d'«expliquer» toutes les maisons de Virginie: en somme, une série de règles «binding the whole greater than its parts together»;44 règles souvent inconscientes, mais connues qui, avec le «contexte», enserrent la «compétence» c'est-à-dire l'aptitude à composer.45 Les seuls objets matériels permettent de définir non seulement la «compétence», mais aussi le «contexte abstrait» — par opposition au «contexte particulier»46 — qui enveloppe en quelque sorte la «compétence»; donc de déterminer, à partir d'eux-mêmes, les noeuds de relations qui les charpentent et les lient à la pensée de leur créateur.47 Cette opération s'effectue grâce à l'utilisation d'oppositions binaires plus ou moins profondes, et au repérage des dominances à un moment donné ainsi que des déplacements de ces accents dans le temps, d'un pôle à l'autre, de façon à cerner et à articuler les éléments fondamentaux de la «culture».48

18 On peut tomber d'accord avec Glassie sur plusieurs points. Un code culturel, un système de normes régit la production des objets, leur usage et leur symbolique. Ce code s'accomplit dans la réalité à l'intérieur d'une série de contraintes intrinsèques et extrinsèques (éventail limité des possibles, compte tenu des ressources, des techniques, des goûts, de la force d'inertie de tout système social). Il ne se transforme que lentement, malgré l'innovation technique et la mode. Il procède souvent par voie de synthèse prudente du nouveau et des éléments les plus valables de l'ancien, par reculs et refus aussi. En un sens, rien n'est moins sûr (sauf sur le plan poétique) que d'affirmer que l'art traditionnel est «l'expression de son génie [d'un peuple] et de sa liberté».49

19 Toutefois, malgré certaines précautions occasion-nelles, Glassie et d'autres étalent une confiance un peut naïve dans le pouvoir intrinsèque de révélation de lľartifact et dans sa signification générale pour l'ensemble de la société. Pas plus qu'une statistique isolée ou une série entière, l'objet et la série d'objets ne portent en eux-mêmes clairement tout leur sens.50 Les conclusions très générales et plutôt banales de Glassie (la culture de la Virginie, voire de l'Amérique, est conservatrice et pratique; elle traduirait aussi une tension entre l'égalitarisme et la hiérarchie, l'individualisme et la collectivité, etc.) coïncident avec les conclusions souvent épidermiques d'une certaine sociologie. Son saut, depuis les maisons jusqu'aux profondeurs des mentalités, paraît un peu gros, un peu abrupt. Sa méfiance de l'écrit (dit «élitiste») et son absence de la même prudence face à l'objet trahissent une méconnaissance sérieuse des courants récents en histoire économique et sociale, notamment en France, en Angleterre et aux États-Unis.51 Ainsi, il ignore les grandes sources sérielles qui permettent d'approximer la vie quotidienne des masses populaires et les arêtes des socio-économies du passé: registres d'État civil — la démographie historique nous en dit davantage sur la vie sexuelle de nos ancêtres que la forme de leur lit —, recensements nominatifs et récapitulatifs, rôles d'évaluation, censiers, livres de comptes de seigneuries, de paroisses et d'entreprises, comptes publics, enquêtes gouvernementales, registres de cours, archives médicales, livres de prônes, actes notariés, etc.

20 Il faut éviter un faux débat. Il ne s'agit pas d'exclure une démarche ou encore de prouver la supériorité d'une source et d'une théorie, mais bien de renforcer la convergence de diverses approches complémentaires dont les feux croisés devraient nous révéler plus clairement cette architecture du passé en changement. Glassie et d'autres cheminent vers la socio-économie à partir du monde 1, selon la terminologie du philosophe Karl Popper, c'est-à-dire le monde des choses matérielles, des objets, de l'oekoumène, de la démographie; à tout le moins, ils entrent directement du monde 1 dans le monde 2, soit le monde subjectif de l'esprit humain, des valeurs, des projets, des visions du monde. Mais par une démarche et d'autres sources, on peut partir plutôt du monde 3, celui «of objective structures which are the products, not necessarily intentional, of minds or living creatures, but which once produced exist independently of them»52 (coutumes, lois, organisations, statuts). Pour Gilles Paquet et moi-même, à la suite de Popper, on peut mieux saisir la dynamique du changement social — donc à la fois la structure globale, son fonctionnement et ses transformations — en pistant l'évolution du monde 3, c'est-à-dire l'évolution des institutions, des coutumes, des lois, des droits de propriété, etc.: c'est là en effet que se focalisent en quelque sorte les réseaux de relations entre la pensée humaine et le monde matériel, entre l'homme et ses créations du monde 3. L'accent sur la socio-économie comme «procès institué» (à la Polanyi) ne signifie pas un réductionnisme au seul monde 3, qui serait tout aussi reprehensible que le fétichisme du monde 1. Mais le monde 3 sert de scène où se jouent les diverses relations; où se reflètent les contraintes géo-techniques du monde 1 et les valeurs, les projets et les préférences émanant du monde 2, bref la marge de manoeuvre utilisée par les hommes pour maçonner leur société, tout en tenant compte d'accidents ou de chocs exogènes possibles.53

21 Une analyse du monde 3, en relation avec la culture matérielle, suppose une approche qui intègre à la fois les flux (transactions et transformations, importations et exportations, revenus et dépenses, demandes et offres, indices des rythmes d'ajustement des agents économiques et sociaux), qui ne sont trop souvent que des ajustements à la marge, et les stocks qui fondent l'inertie du système (ensembles et volumes physiques et monétaires, matériels et humains); qui permet de capter non seulement les variations à la marge, mais de connaître les quantités globales et les réalités structurelles.54 Les archives notariales s'avèrent justement l'une des sources les mieux adaptées à ce genre d'analyses qui intègrent stocks et flux, «à ces doubles études particulières et générales, statiques et dynamiques».55 Elles enregistrent le quotidien, les transactions économiques (marchés, ventes, engagements, baux, quittances, liquidations) et sociales (contrats de mariage, donations, testaments), les niveaux de vie (contrats de mariage, inventaires après décès), l'organisation de la famille et la transmission du patrimoine (testaments, coutumes), plus encore, l'inventaire des objets et la description minutieuse de leur arrangement dans l'univers familier (inventaires après décès). Elles reflètent tout autant les valences des groupes, leur bouquet de droits,56 que le cadre de leur vie familière, les «institutions» qui les encadrent. Or, les institutions nous permettent justement de rejoindre le code social que les archéologues infèrent des objets du monde 1: en effet, une institution est «un ensemble de normes (règles de comportement) groupées autour de valeurs et d'activités relativement distinctes . . . les institutions ne [sont] que des normes, à chacune d'elles correspond une structure institutionnelle, c'est-à-dire un ensemble de relations entre les membres de la population à laquelle s'appliquent ces normes».57

22 «Distribution et répartition des revenus et de la richesse», écrivions-nous en 1976, «stratification sociale, trame légale de la vie quotidienne dans le Bas-Canada, base matérielle de la vie de la collectivité, genres de vie et pratiques des groupes repérables dans le résidu qui nous est parvenu via les archives notariales, autant de dimensions qui s'ouvrent d'emblée à l'ensemble plutôt qu'aux parties».58 Parler d'histoire de la culture matérielle, c'est justement référer non à des parties isolées, mais à un tout. Comme le dit si bien Braudel, «seuls comptent les ensembles».59 Peu importe le meuble, l'outil, le bâtiment, l'animal, l'objet isolé. Même le relevé systématique du nombre d'outils et d'objets familiers ne suffit pas. Ce qui compte, c'est l'ensemble et le système des objets, leur «langage» et leur «discours», selon les belles expressions de Baudrillard,60 et le code social qu'il trahit plus ou moins clairement. Au-delà de l'énumération, il faut en arriver à la structure objective de rangement des objets et à la structure de significations qu'elle recèle — à leur «syntaxe». Les inventaires après décès forment donc une source privilégiée pour reconnaître l'organisation de l'espace, les actifs des divers individus et des groupes, les systèmes fonctionnels (hygiène, alimentation, chauffage, famille, technologie, etc.), grâce à une analyse de la structure des objets répertoriés. Bien plus, au-delà de la valeur d'usage qui caractérise le système des objets, ce dernier porte

[des] significations sociales indexées . . . une hiérarchie culturelle et sociale . . . bref ils constituent un code. Mais précisément pour cela, il y a tout lieu de penser que les individus et les groupes, loin de suivre sans détours les injonctions de ce code, en usent avec le répertoire distinctif et impératif des objets comme avec n'importe quel code moral ou institutionnel, c'est-à-dire à leur façon: ils en jouent, ils y trichent, ils le parlent dans leur dialecte de classe.61

III

23 Quelques exemples suffiront pour évoquer la richesse possible d'une approche multidisciplinaire et par voies convergentes (à partir du monde 1 et du monde 3). Grâce à son importante collection à'artifacts et aux inventaires après décès, le Musée national de l'Homme (et d'autres organismes, comme le ministère des Affaires culturelles du Québec) a pu monter des expositions et publier des brochures qui commencent à mieux cerner la culture matérielle d'un métier, d'un groupe social. Ainsi, l'examen de la boutique, comme espace-lieu et ensemble d'outils, décèle déjà une technologie et un mini-procès de production qui reflète en partie la division du travail social et le mode de production global: menuisiers, charpentiers et forgerons ont été l'objet d'études et d'expositions. Même approche par rapport aux intérieurs, comme structures de rangement et d'ambiance dans les maisons, qui rejoint le procès de consommation.62 Voilà une voie prometteuse pour étudier le fonctionnement du système social et les genres de vie qu'il permet; pour passer de la pratique des objets aux conduites sociales.63

24 Nos propres travaux économiques et sociaux ont débouché sur l'hypothèse d'une restructuration et d'une modernisation de l'économie et de la société québécoises au tournant du XIXe siècle.64 Pareilles transformations devraient se répercuter au niveau de la vie quotidienne de la majorité des individus par des cassures ou du moins des glissements significatifs. Effectivement, déjà des analyses par les flux (indices du coût de la vie, indices de revenus, etc.) décalquaient l'image d'une économie et d'une société en plein mouvement. L'analyse par les stocks, grâce à l'exploitation de centaines d'inventaires après décès à Montréal, montre un bond de la valeur mobilière moyenne nette de 350 pour cent entre 1792-1796 et 1807-1812, comparativement à une poussée de l'indice du coût de la vie de 40 à 60 pour cent. Signe éloquent d'un accroissement considérable des niveaux de fortune. Accroissement inégal, cependant, qui traduit en fin de période une plus grande différenciation sociale: les riches deviennent plus riches (ce sont aussi les plus grands propriétaires fonciers), ceux de la classe moyenne augmentent leur avoir, et les moins riches sont distancés de plus en plus par les premiers. Du côté des biens immobiliers, la même différenciation s'impose, certains individus possédant plus de terres et de bâtiments en fin de période par rapport à la moyenne qui se déplace elle aussi vers le haut. Cet accroissement de richesse, variable selon les différents groupes sociaux,65 peut même éclairer les options des acteurs sociaux. Où investissent-ils leurs surplus: dans les dépenses somptuaires, comme on l'affirme parfois; dans les facteurs de production? Les Québécois de l'époque, notamment les habitants, semblent éviter de mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Certes, ils profitent de la prospérité pour améliorer le confort domestique: les catégories de biens comme le mobilier, les vêtements, les objets personnels, les ustensiles, voient leur valeur moyenne s'accroître par plus de trois fois. Mais les hommes investissent aussi dans les accessoires pour le travail et le transport, les stocks de produits et facteurs de production (hausse moyenne de 400 à 600 pour cent); dans les outils ainsi que les animaux de la ferme, dont l'augmentation en valeur est cependant moindre. Cet accroissement n'est pas qu'un mirage statistique: en nombre absolu comme en variété, ces biens s'accumulent et se combinent dans les maisons. Selon des sondages préliminaires pour la période 1820-1825, la tendance se pour-suivrait même sans interruption. Bref, tant du côté de la consommation que du côté de la production, les inventaires après décès confirment une modernisation et une montée en valeur et en diversité des différents biens dans les communautés, à mesure que le temps passe au tournant du XIXe siècle. À partir de cette constatation, on aurait pu remonter jusqu'à la modernisation de la socio-économie en général; nous avions d'abord parcouru le chemin inverse.

25 L'examen attentif des inventaires confirme que les Canadiens ont enregistré cette modernisation dans leurs intérieurs. L'éventail des biens qui s'y trouvent en fin de période par rapport à ceux qu'on relève pour les premières années et les «caractéristiques» de ces biens (forme, qualité), voire leur origine, «disent» l'existence du superflu sinon le goût d'un certain luxe. Variété, richesse et qualité dans l'ameublement, le costume, la lingerie, les ustensiles de cuisine et la vaisselle émergent clairement dans la seconde période, même pour les maisons d'habitants. Les intérieurs des maisons correspondent aux stocks des marchands et reflètent bien les nouveaux patterns de consommation. La brisure fait passer la société québécoise d'un état de subsistance, où l'habitant produit presque tout et doit se contenter du nécessaire, à celui d'une société transformée par le marché, où les acteurs se spécialisent davantage et se procurent, grâce au surplus extrait de leur production, un superflu lié à la fois au bien-être, au genre de vie, et aussi à la recherche d'un statut social. La hausse en valeur des biens ne traduit qu'un aspect du déplacement depuis la subsistance vers la consommation et le superflu. Ce dernier se profile encore dans l'ensemble des produits importés du marché atlantique dont les ramifications passent par les stocks des marchands pour aboutir, souvent par ensembles, dans les intérieurs mêmes des habitants: tissus grossiers et tissus de luxe, comme ces toiles de Hollande, mousselines, velours côtelés, cotons, soies de Chine; chaudrons divers et couverts plus nombreux; accroissement des draps et des nappes, des buffets et des commodes; multiplication des miroirs, des poêles de fer; meubles ostentatoires ou pratiques et ustensiles plus diversifiés qui adoucissent le travail domestique et rationalisent l'espace comme les gestes. Il faudrait aussi parler des livres, des horloges, des instruments de musique, des ciels de lit, etc. chez les classes plus aisées. De même, par les inventaires, on pourrait scruter les dimensions, les matériaux, les divisions intérieures, bref, l'architecture, l'aménagement de la maison,66 des bâtiments de ferme, de même que l'état des terres (en bois debout, en broussaille, en «fardoche», en prairie, en valeur, etc.).

26 Si le leitmotiv du discours de la consommation au tournant du XIXe siècle, c'est le superflu, le thème du discours de la production, au même moment, c'est la rationalisation. L'éventail des outils et des instruments aratoires s'ouvre davantage, d'après les inventaires, et avec eux, de nouvelles techniques se diffusent au cours de la période. Le degré de capitalisation s'accroît de façon très marquée à Québec, région bousculée plus immédiatement par la modernisation de l'économie, mais également à Montréal et dans les campagnes environnantes. La croissance, quoique modeste, de la taille des entreprises artisanales semble indiquer des économies d'échelle. D'autre part, les travaux de Jacques Bernier pour le Musée soulèvent la probabilité d'une structuration des unités artisanales dans les régions: un gros artisan par faubourg ou village domine une constellation de petits artisans distribués dans les environs. De même, chez les habitants, on repère un glissement assez net vers des unités de production plus grandes et même vers une certaine spécialisation dans la production des céréales et dans l'élevage. Se fait jour également un souci accru pour les fossés, les guérêts, les clôtures et autres améliorations, indices supplémentaires d'un procès de rationalisation amorcé ou accéléré entre ces deux périodes.67

27 Il ne s'agit là, cependant, que d'analyses bien préliminaires d'un matériau extrêmement fécond pour l'histoire de la culture matérielle: source qui n'attend que l'assaut des historiens, des ethnologues et des autres spécialistes des sciences humaines qui aspirent à démonter le code social pour mieux le réassembler après en avoir compris la structure et le fonctionnement; source qui vient enrichir d'un éclairage extraordinaire ľartifact isolé qui a survécu, et qui sert de témoin de l'exactitude des reconstitutions d'atmosphères ou d'espaces aménagés suggérant le genre de vie dans le passé; source enfin qui appelle des greffes avec d'autres documents qui fouillent les relations familiales, la transmission des patrimoines, les hiérarchies sociales. Autant dire qu'il s'agit là d'une des grandes portes qui s'ouvrent sur l'ensemble de la culture matérielle, voire sur la socio-économie instituée toute entière et sur son évolution dans le temps.

28 La présente communication a évoqué la richesse et l'étendue du champ que recouvre l'histoire de la culture matérielle; les points d'attaque et les difficultés méthodologiques qui attendent les chercheurs; enfin quelques exemples modestes d'une approche parmi d'autres qui permet de concrétiser un peu des espoirs beaucoup plus exigeants encore. Car le défi est énorme: fouiller les résidus de la civilisation matérielle pour y retrouver la trace d'un contexte en acte qui aurait disparu; repérer dans le discours des objets le fonctionnement du système social et la clé du code social; dans les mots de Glassie, dégager le pattern qui caractérise la culture passée d'un groupe humain; cerner aussi les points de décrochage qui par une cascade d'asymétries, entraînent au changement social; bref, par-delà les symptômes, toucher les grands procès qui tissent la trame évolutive des socio-économies.68

29 L'histoire de la culture matérielle doit donc passer par la symbiose de plusieurs disciplines et de plusieurs sources. Elle est indispensable à la compréhension de notre culture et de ses racines. Concrète, débouchant sur les mentalités, elle joue un rôle indéniable de stimulation de l'intérêt du public pour l'histoire plutôt que pour les vieilles choses — les «antiquités» — du passé. En outre, son territoire relativement vierge autorise toutes les expérimentations que l'histoire constituée n'amorce que péniblement. En particulier, elle permet de vérifier, dans le concret, la plausibilité des grandes hypothèses sur révolution sociale dont se réclame ce qu'on appelle parfois, comme en une fausse opposition, «la grande histoire». Cette expérimentation appelle à son tour un affranchissement assez prononcé des «modes universitaires», donc des lieux de travail multi-disciplinaires (comme le Musée national de l'Homme, le Centre d'étude des arts et des traditions populaires à Laval) qui auront tendance à se situer en dehors des cadres universitaires ou du moins d'une discipline spécifique.

30 Ce qui importe avant tout, c'est d'ausculter ces fragments matériels du passé selon une multitude d'approches ouvertes et avec des méthodes qui, en cernant de diverses façons les procès fondamentaux, permettent de reconstruire une trajectoire plausible par la superposition de nappes de connaissances et de points de vues qui s'articulent et interagissent. «Bref, de cette manière encore, faire sentir que la conception de l'histoire, les moyens dont elle dispose, la méthode qu'elle s'assigne sont en rapport avec la vie qu'elle reflète».69

NOTES
1 L. Groulx, Lendemains de conquête (1920; rééd., Montréal: A. Stanke, 1977), p.8.
2 «Un événement historique, un cadastre, un chiffre importent surtout parce qu'ils sont un condensé de forces sociales, la cristallisation secrète d'un réseau complexe de décisions, d'une existence quotidienne sans eux plus insaisissables encore».,(P. Rambaud et M. Vincienne Les transformations d'une société rurale, la Maurienne [1561-1962] [Paris: A. Colin, 1964]), p.13.
3 H. Glassie. Folk Housing in Middle Virginia: A Structural Analysis of Historical Artifacts, (Knoxville: University of Tennessee Press, 1975), p.ix.
4 Voir N. Rescher, Essays in Philosophical Analysis (Pittsburg: University of Pittsburg Press, 1969), chap. X; John Edward Christopher Hill, The Century of Revolution. 1603-1714 (New York: W.W. Norton, 1966), p.13; E.H. Carr, What is History (Harmonds-worth, Eng.: Penguin, 1965).
5 L. Febvre, Combats pour l'histoire (Paris: A. Colin, 1953), p.13.
6 P. Leuilliot, «Problèmes de la recherche!...]», Annales E.S.C. 22 (1967): 162.
7 Glassie, Folk Housing, p.17. Sur la civilisation, la vie matérielle, la vie économique, la culture, voir F. Braudel, Civilisation matérielle et capitalisme (Paris: A. Colin, 1967), pp. 10, 77, passim.
8 E. Le Roy Ladurie, Le territoire de l'historien, vol. 1 (Paris: Gallimard, 1973), p.207.
9 Par exemple, voir M. Foucault, L'histoire de la folie à l'âge classique (Paris: Gallimard, 1972). La trilogie de J. Le Goff et P. Nora, Faire de l'histoire. 3 vol. (Paris: Gallimard, 1974), consacre de nombreux chapitres aux différents aspects de la culture matérielle, aux mentalités et aux méthodes d'analyse.Voir 1: 93-123; 2: 3-24, 74-136, 183-202; l'ensemble du volume 3 qui traite du climat, de la prostitution, de la jeunesse, du corps, de la nourriture, etc.
10 Selon la belle expression de F. Braudel, Civilisation matérielle. p.436.
11 Sur la dialectique adaptation-adoption et la notion de "contingence," voir A.A. Alchian, "Uncertainty, Evolution and Economie Theory," Journal of Political Economy 58 (1950): 211-21; 0. Dollfus, «Espaces et sociétés: le point de vue d'un géographe,» Information en sciences sociales 14 (1975): 11ss.
12 Sur la notion de l'économie comme «procès institué», voir K. Polanyi, Primitive, Archaic and Modem Economies (Garden City, N.Y.: Anchor Books. 1968).
13 Pour une vue (parfois caricaturale) de ce modelage à partir d'un projet métropolitain, voir S. Diamond, «Le Canada français au XVIIe siècle: une société préfabriquée», Annales E.S.C. 16 (1961): 317-54. L. Dechêne s'est penchée sur le régime seigneurial à Montréal avec une optique similaire: «L'évolution du régime seigneurial au Canada. Le cas de Montréal aux XVIIe et XVIIIe siècles». Recherches sociographiques 12 (1971): 143-83.
14 Braudel, Civilisation matérielle, pp.77, 33, passim. Braudel subdivise l'étude de la civilisation matérielle en celle de la démographie («le poids du nombre»), du «pain de chaque jour», du «superflu» et de «l'ordinaire» (table et consommation, habitat, vêtement, mode), de la «diffusion des techniques» (énergie, métallurgie, révolutions et retards techniques), de «la monnaie» et des «villes».
15 Le Roy Ladurie, Le territoire, 1: 150.
16 Voir E. Le Roy Ladurie, «Un concept: l'unification microbienne du monde (IV XVIIIe siècles)», dans Le territoire. 2: 37-97.
17 Ibid., 1: 161.
18 Braudel, Civilisation matérielle, p.233.
19 Ibid., p.250.
20 Marcel Mauss disait: «J'appelle technique un acte traditionnel efficace». (Cité dans ibid., p.251). «Technology is the means by which the natural literally becomes the cultural, by which the substances won from nature become useful to man». (Glassie, Folk Housing, p. 122.)
21 L'expression est de Le Roy Ladurie qui l'applique à l'Europe du XVIIIe siècle (Le territoire. 1: 164).
22 P. Gavai, «Géographie et profondeur sociale». Annales E.S.C. 22 (1967): 1043ss.
23 Braudel, Civilisation matérielle, pp.252, 293, 331, passim; aussi Glassie, Folk Housing, passim.
24 M. Vovelle, Mourir autrefois (Paris: Gallimard, 1974).
25 Pour des études abordant ces différents aspects, voir, par exemple, P. Goubert, Beauvais et le Beauvaisie de 1600 à 1730: contribution à l'histoire sociale de la France du XVIIe siècle (Paris: S.E.V.P.E.N., 1960); E. Le Roy Ladurie, Les paysans du Languedoc, 2e éd., 2 vol. (Paris: S.E.V.P.E.N., 1966); R. Mandrou, Introduction à la France moderne. 1500-1640 (Paris: A. Michel, 1961, 1974); P. Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime (Paris: Éditions du Seuil, 1973); idem, Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen-Âge à nos jours (Paris: Éditions du Seuil, 1975).
26 «Les hommes . . . sont divisés en grandes masses qui, face à leur vie matérielle, se trouvent aussi inégalement armées que les différents groupes à l'intérieur d'une société donnée». Toutefois, s'il n'y avait que des pauvres, «tout resterait immobile» (Braudel, Civilisation matérielle, pp.77, 234). A propos de la ségrégation par âge et par sexe, voir Le Roy Ladurie, Le territoire, 1: 162.
27 Le Roy Ladurie, Le territoire, 1: 161.
28 Cette phrase de Gaston Berger est citée dans H. Deschamps, «L'Ethno-histoire. Buts et méthodes», Revue historique 90 (1966): 306.
29 «La discipline est une forme de contrainte imposée artificiellement à l'esprit et à l'imagination — et donc finalement un instrument de répression . . . » (G. Paquet, «Un appel à l'indiscipline théorique», Présentations de la Société royale du Canada [Ottawa, 1978]: 113).
30 «Dans l'instigation rigoureuse, le génie consiste presque toujours à emprunter ailleurs une méthode éprouvée ou une hypothèse fertile et à les appliquer là où personne encore n'avait imaginé qu'elles pourraient l'être». (Cité dans ibid: 112).
31 Braudel, Civilisation matérielle, p. 10.
32 Sur ces voies «inductive» et «formaliste», sur les positions intermédiaires comme l'utilisation de problématiques, la méthode évolutive et la méso-histoire, voir G. Paquet et J.-P. Wallot, "Reflections on 19th Century Canadian History," à paraître, miméo, 5ss; Rescher, Essays, chap. IXIX; P.D. McClelland, Causal Explanation and Model Building in History, Economies and the New Economie History (Ithaca, N.Y.: Cornell University Press: 1975), pp.243ss. « . . . l'histoire est discipline théorique, donc scientifique . . . l'histoire n'est donc pas de nature différente de celle des autres sciences sociales». (F. Mauro, Des produits et des hommes [Paris: Mouton, 1972], 29-31.) P. Chaunu soutient lui aussi qu'«il n'y a pas d'histoire sans problématique explicitée» («L'histoire sérielle: bilan et perspectives», Revue roumaine d'histoire 9 (1970): 473).
33 C'est que ces disciplines, isolément, ne parviennent pas à saisir le dynamisme social. Voir Gavai, «Géographie et profondeur sociale», pp. 1045ss. Par ailleurs, elles se complètent. Ainsi, l'histoire apporte à l'ethnologie le sens du mouvement, alors que celle-ci enrichit la première de la connaissance des sociétés locales et des civilisations disparues (Deschamps, «L'Êlhnohistoire. Buts et méthodes», p.306).
34 >34. Pour un exemple d'analyse fine et nuancée à partir d'une telle source, voir l'étude faite par Le Roy Ladurie de Gouberville au VIe siècle (Le territoire, 1: 198-207).
35 J. Igartua, «Non-Written Documentation», miméo, à paraître, P-6.
36 Pour une évocation de la tradition intellectuelle française dans laquelle s'insère le mouvement structuraliste ainsi qu'une appréciation de l'impact de l'épistémologie structuraliste et de la nouvelle histoire culturelle à la Foucault, voir E. Morot-Sir, La pensée française d'aujourd'hui(Paris: Presses universitaires de France, 1971 ). Le Magazine littéraire a publié un dossier, en juin 1975, sur l'oeuvre de Foucault. Les structuralistes mettent l'accent sur la dimension synchronique (au point, parfois, de sembler exclure le temps et la durée) et détectent les isomorphismes entre les différents niveaux de la réalité. Cette insistence sur les structures n'est qu'un rappel du fait qu'on ne peut analyser de façon signifiante un système de relations (un langage, une socioéconomie, un artifact), c'est-à-dire une totalité, par l'examen des seules parties et sans référence à ce tout. Pour une étude critique du concept de structure, voir R. Boudon, A quoi sert la notion de structure? (Paris: Gallimard, 1968). Dans un livre récent {Bruits (Paris: Presses universitaires de France, 1977), J. Attali tente de «juger une société sur ses bruits» (p.7). En fait, par l'étude de la structure, on cherche à déchiffrer le code d'interprétation des parties et du tout social. Ainsi, Glassie veut montrer comment on peut analyser les artifacts et accéder, à partir d'eux, à l'histoire par la méthode structuraliste. L'étude de l'architecture physique (les maisons) révélerait l'architecture de la pensée passée (Folk Housing, pp. vii-viii). «Structuralism is social scientific modernism. It is modernist in its concern with principled abstraction rather than particularistic realism. The structuralist's interest is in process more than product, in hidden law more than manifest shape, in relations more than entities, in the universal, the unconscious, the simultaneous, the systematic». (Folk Housing, p.41).
37 J. Deetz, Invitation to Archaeology (Garden City, N.Y.: Natural History Press, 1967), pp.45ss.
38 Ibid., cité dans Igartua, «Non-Written Documentation», p.8.
39 L.R. Binford, An Archaeological Perspective (New York: Seminar Press, 1972), pp.20-32.
40 Igartua, «Non-Written Documentation», p.10.
41 Sur la structure «combinatoire», voir M. Glucksmann, Structuralist Analysis in Contemporary Social Thought: A Comparison of the Theories of Claude Lévi-Strauss and Louis Althusser (London: Routledge & Kegan Paul, 1974), pp.163ss.
42 «Facteme», c'est-à-dire «the minimal class of attributes which affects the functional significance of the artifact»; «formeme», c'est-à-dire «the minimal class of objects which has functional significance» (Deetz, Invitation to Archaeology, pp.89-90; Igartua, «Non-Written Documentation», p.10).
43 Ainsi, Igartua divise les objets en deux grandes catégories: ceux qui ne sont pas codés, dont le message est transparent; ceux qui sont codés, tantôt intentionnellement, tantôt involontairement («Non-Written Documentation», pp. 13-18).
44 Glassie, Folk Housing, pp.19-20.
45 La «compétence», «the minimum synchronie statement from which all analysis must proceed», est un modèle systématique «that accounts for the design ability of an idealized maker — a sort of artifactual 'grammar'» (ibid.). Cette compétence est limitée dans le concret. L'architecte populaire ne joue pas. Il subit constamment une tension entre ce qu'il peut faire et ce qu'il doit faire (connaissances limitées, ressources plus ou moins rares, goût des clients, etc.). Son travail, dans le temps, «[is] a compromise in social assertion . . . modestly tinkering with given ideas that he can predict will be acceptable to those who must use them» — sorte d'équilibre délicat entre le rejet et la soumission. Voir ibid., p.112.
46 «The abstracted context is a structure of potential source and consequence . . .«(ibid., p.115).
47 Le chercheur doit laisser les métaphores biologiques pour les métaphores mathématiques. A partir de l'objet lui-même, il procède «to weave distinct sets of dependent, variable relations in a web. This multilinear structure is discovered within the object but it relates the object to things external to it, providing the analyst with some evidence of the object's existence as an agent for transferring its maker's energy through his design field. The structure of the abstracted context is internal, in mind, but it binds the object to such external variables as the materials available in nature or the expectations of the maker's group», (ibid., p.115).
48 Par exemple, les oppositions intelligence-émotion, privé-public, artificiel-naturel, dispersion-concentration, complexe-simple, entouré-ouvert, interne-externe, non-symétrique-symétrique, extensif-intensif, esthétique-pratique, contrôle-anarchie, égalitarimse-hiérarchie. Pour un tableau qui relie tous ces couples, voir ibid., p.161.
49 F.A. Savard, «Préface» à Cyril Simard, Artisanat québécois, vol. 1, Les bois et les textiles (Montréal: Éditions de l'homme, 1975).
50 Par exemple, Glassie avance que l'architecture «may provide us with the best means available for comprehending an authentic history» (p.vii). Ou encore: «A philosophically and socially valid history must come out of painstaking analysis of direct cultural expressions that the analyst can study at first hand» (p.12). II postule qu'on utilisait le bois pour se débarrasser des arbres qui séparaient l'homme de la nature: «Nature was made to submit utterly to the ideas of men» (ibid., p.130). Voir aussi sa généralisation à l'effet que «the Middle Virginian's . . . culture manifested through houses seems to be trapped centrally between Fischer's social poles of hierarchy and egalitarianism» (pp.181 ss), ou encore celle concernant la répression de l'individualism (pp.170ss). La phrase suivante résume l'essentiel de sa pensée: «Rigorously analysed, the artifact is always genuine because it is an expression of its maker's mind», (p.8). On pourrait en dire autant d'un mensonge . . . .
51 Glassie ignore les développements majeurs en histoire économique et sociale de la France d'Ancien régime. S'il cite Marc Bloch, il ne semble pas connaître les travaux de l'«école des Annales» (Braudel, Le Roy Ladurie, Goubert, Mandrou, etc.).
52 Voir Bryan Magee, Popper (London: Woburn, 1973), p.60; K.R. Popper, Objective Knowledge (Oxford: Clarendon Press, 1972).
53 L'examen du monde 3 et de sa dynamique révèle l'interaction entre ces trois mondes et l'évolution de cette interaction en montrant comment le monde 3 devient institué différemment d'une période à une autre, d'un endroit à un autre, en soulignant aussi «how an evolutionary process can have a rationale without there being . . . any overall plan or plot, and also without there being . . . some spirit or vital force moving the process along, as it were from the inside». (Magee, Popper, p.62). Sur toute cette question, voir Paquet et Wallot, «Reflections on 19th Century Canadian History», miméo, à paraître, pp.3ss.
54 Autrement, il est impossible de dégager le sens des viscosités, des freinages, des délais et des frictions dans l'expérience historique des socio-économies. Voir Braudel, Civilisation matérielle, pp.234, 251, 293, passim.
55 A. Daumard et F. Furet, «Méthodes de l'histoire sociale: les Archives notariales et la mécanographie», Annales E.S.C. 14 (1959): 677.
56 Or, comme l'écrit A.A. Alchian, «the rights of individuals to the uses of resources (i.e. property rights) in any society are to be construed as supported by the forces of etiquette, social custom, ostracism and formally enacted laws supported by the state's power of violence or punishment» («Some Economics of Property Rights», II Politico 30 [1965]: 817).
57 K.C. Land, «Théories, modèles et indicateurs du changement social», Revue internationale des sciences sociales 21 (1975): 27.
58 Voir G. Paquet et J.-P. Wallot, «Les inventaires après décès à Montréal au tournant du XIXe siècle: préliminaires à une analyse», Revue d'histoire de l'Amérique française [RHAF] 30 (1976): 172, passim.
59 Civilisation matérielle, p.228.
60 Voir J. Baudrillard, Le système des objets (Paris: Gallimard, 1968).
61 J . Baudrillard, Pour une critique de l'économie politique du signe (Paris: Gallimard, 1972), p.19.
62 Outre de nombreuses expositions, le Musée national de l'Homme a publié plusieurs brochures (Collection Mercure, Division de l'histoire) sur ces questions, notamment J . Bernier, Quelques boutiques de menuisiers et charpentiers au tournant du XIXe siècle (Ottawa, 1977), et Les intérieurs domestiques des menuisiers et charpentiers de la région de Québec, 78/0 - 1819 (Ottawa, 1978); A. Bérubé et al., Le forgeron de campagne (Ottawa, 1976).
63 Même dans ses lapsus et ses incohérences, cette pratique des objets traduit la nature même des conduites sociales. « . . . c'est dans la relation éventuellement disparate et contradictoire, de ce discours d'objets aux autres conduites sociales (professionnelle, économique, culturelle) que doit s'exercer une analyse sociologique correcte» (ibid., p.20).
64 G. Paquet et J.-P. Wallot, «Le Bas-Canada au début du XIXe siècle: une hypothèse», RHAF 25 (1971): 30 - 61 .
65 Il est plus considérable pour les marchands, les membres des professions libérales et les habitants, visible également bien que moins prononcé chez les artisans. L'essentiel des conclusions qui suivent, ainsi que divers détails sur les inventaires après décès, sont tirés de notre étude «Les inventaires après décès à Montréal [...]», surtout les pp.195-201.
66 A propos de la maison, les inventaires comprennent des informations sur la superficie, le solage (en bois ou en pierre), la structure (pièce sur pièce, en pierre, en charpente, en poteaux de bois rond), les cheminées (pierre, terre), les châssis (vitrés, ferrés, etc.), le toit (paille, écorce, croûte, planches, bardeaux, etc.), le recouvrement extérieur (v.g. lambrissé en croûte, en calle, en planches, en bardeaux, en crépi), le nombre de pièces, les cloisons, etc.
67 Certaines de ces questions sur la production trouvent leur réponse plutôt dans les marchés, les engagements, les recensements, etc. Voir J.-P. Hardy et D.-T. Ruddel, Les apprentis artisans à Québec, 1660-1815 (Montréal: Presses de l'Université de Québec, 1977).
68 L'historien doit s'attaquer à six grands procès: le procès démographique; le procès de production et d'échange; le procès financier; l'écologie des groupes et leurs motivations; le procès de distribution; le procès étatique. Voir Paquet et Wallot, «Reflections on 19th Century Canadian History», pp.27ss.
69 Citation de G. Lefebvre dans J . Berque et al., Aujourd'hui l'histoire (Paris: 1974), p.31.