Reviews / Comptes rendus - Jean-Pierre Hardy, Le forgeron et le ferblantier.

Reviews / Comptes rendus

Jean-Pierre Hardy, Le forgeron et le ferblantier.

Jean-Claude Dupont
Université Laval
Le forgeron et le ferblantier. Jean-Pierre Hardy. Montréal, Les Editions du Boréal Express et Les Musées nationaux du Canada, 1977. (Collection Histoire populaire du Québec, n° 4). 128p., illustrations, bibliographie. ISBN 0-88503-065-6. $6.75

1 Jean-Pierre Hardy dans Le forgeron et le ferblantier fait l'étude d'une forme sociale (structure et fonction) en évolution, celle du monde artisanal du fer et de la ferblanterie. Au point de vue de la méthode et de la présentation, il s'agit d'un heureux mariage de l'histoire et de l'ethnologie constituant l'un de nos rares essais d'ethnologie historique. Le fond n'est pas celui d'applications théoriques, mais plutôt de synthèses élaborées à partir de monographies ethnographiques et de données d'histoire économique et sociale. Pour retracer le cheminement d'un secteur de notre histoire, celui du monde artisanal du fer et de la ferblanterie, l'auteur suit la marche progressive des développements technologiques et des conditions sociales inhérentes. Ce cheminement qui va du métier français du XVIIe à l'industrie québécoise du XIXe siècle est lié aux différents moments de la technologie.

2 Jean-Pierre Hardy n'est pas arrivé à l'ethnologie historique par le folklore ou l'histoire nationale, mais par l'histoire économique et sociale, et cela ressort de son étude: il évite le "sentimentalisme" (idéalisation des temps révolus) et le "patrimoinisme" (utilisation du patrimoine à des fins politiques, un procédé consistant à laisser entendre que l'acculturation a fait perdre toutes ces "belles choses" propres au génie canadien-français), deux pièges dans lesquels on peut facilement se laisser prendre lorsqu'on étudie la culture matérielle du Québec.

3 Bien qu'il y ait des rapports établis entre les documents figurés (objets fabriqués) accompagnant le texte, l'auteur n'exploite pas tellement les caractéristiques dont témoignent ces pièces de la culture matérielle; il s'en sert plutôt comme d'artefacts muséologiques d'accompagnement de ses dires. C'est davantage les changements dans les conditions de travail qu'a saisis et veut exprimer l'auteur, que l'évolution technique du travail. De ce dernier phénomène, il rassemble les données, mais sans analyser les structures techniques.

4 On y apprendra que chez ces deux métiers, l'organisation du travail et du système de production se transforma au début du XIXe siècle en milieu urbain et que ce même phénomène survint à la fin du XIXe siècle dans les campagnes. Ce changement s'accompagne d'une diminution des obligations quant à la formation technique et morale: le maître devient le patron et l'apprenti le travailleur salarié.

5 Le chapitre intitulé "Le ferblantier" m'a semblé le mieux réussi, tandis que le chapitre III, "Le forgeron et les métiers du fer," est un peu trop simplifié. La partie consacrée à la production du fer et aux artisans fondeurs ne devrait peut-être pas figurer dans l'étude, puisque ces artisans appartiennent à la petite industrie sidérurgique et non aux services communautaires comme le forgeron et le ferblantier, et il s'en suit que le monde du travail des uns et des autres n'est pas le même.

6 Cet ouvrage de diffusion populaire est de conception attirante; la présentation matérielle donne le goût de lire le contenu, et le texte aéré et abondamment illustré permet d'en faire une lecture rapide et de repérer facilement les passages à relire.

7 Voilà un champ de recherche dans lequel J.-P. Hardy et D.T. Ruddell nous avaient déjà entraînés (Les apprentis artisans à Québec 1660-1815), Montréal, P.U.Q., 1977) et qui ne manquera pas d'intéresser les tenants de l'ethnologie historique.

Jean-Claude Dupont