« Barrer la voie au syndicalisme » : les manœuvres de l’État québécois contre la Société bienveillante des journaliers de navires de Québec et les autres sociétés de secours mutuel, 1869–1899

Peter C. Bischoff

Abstract


An important wood export centre, Quebec’s port was also an extraordinary place for experimenting with mutualism and trade unionism. The dockers, Irish and French Canadian, paved the way by organizing and incorporating a mutual assistance company in 1862 under an Act of the Parliament of Lower Canada. In 1865, they demanded a salary standard. Two years later, ten union clauses were added to the rules of their association. Combining mutualism and trade unionism, they built rapidly the most powerful local union organization in the country. This transformation of a ‘mutual assistance company into a trade union’ gave rise to imitators among boatmen, stevedores, etc. It also raised fear among commercial, judicial and political elites. What followed was a battle on several fronts aimed at bringing back the company of dockers to functions purely mutualist, and by the mere fact of closing the door on an organizing method judged socially dangerous for the established order. Despite the fact that the workers did not disarm, the Quebec government succeeded in reducing substantially the ‘zone of tolerance’ of mutualism in its territory.

Résumé

Grand centre d’exportation de bois, le port de Québec est aussi un lieu d’expérimentation hors du commun en matière de mutualisme et de syndicalisme. Les débardeurs, des Irlandais et des Canadiens français, ouvrent la voie en s’organisant au moyen d’une société de secours mutuel incorporée, en 1862, par un acte du Parlement de la Province du Canada. En 1865, ils revendiquent un salaire standard. Deux ans plus tard, ils ajoutent dix clauses syndicales aux règles de leur association. Combinant mutualisme et syndicalisme, ils construisent rapidement l’organisation syndicale locale la plus puissante au pays. Cette voie de la « société de secours mutuel se transformant en syndicat » suscite des émules chez les bateliers, les arrimeurs, etc. Elle soulève aussi la crainte des élites commerciales, judiciaires et politiques. S’ensuit alors un combat sur plusieurs fronts visant à ramener la société des débardeurs à des fonctions purement mutualistes, et par le fait même à fermer la porte à une méthode d’organisation jugée socialement dangereuse pour l’ordre établi. Bien que les ouvriers ne désarment pas, l’État québécois réussit à réduire substantiellement la « zone de tolérance » du mutualisme sur son territoire.

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